‹ Histoire de BordeauxChapitre 72 sur 143 · CHAPITRE SEPTiiiffi. Sai · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTiiiffi. Sai

de volontaires royaux qui s'était établi au bourg de Gubzac^ de repasser la rivière , après lui avoir fait quelques prisonniers. Un officier de ta garde nationale bordelaise, M. de Martignac fils, survint alors en cet endroit pour traiter de la délivrance de ces prisonniers avec le général Glauzel. Celui-ci remit au parlementaire etsans conditions les hommes qu'il réclamait. 11 lui annonça en même temps que rien ne pouvait Tempécher d'aller prendre possession de son commandement à Bordeaux , ^t qu'il n'userait d'aucune rigueur contre cette ville , si elle ne faisait point dé résistance; mais il exigea, par préalable, que la duchesse d'Angouléme s'en éloignât avant d'y entrer.

Pendant ces pourparlers , cette princesse poursuivait l'exécution des projets de résistance qu'elle méditait. Quoique les personnes qui l'entouraient l'assurassent du parfait concours de tous les habitants pour appuyer ces projets, et que le général Decaen, gouverneur de Bordeaux, lui témoignât le plus grand dévouement, elle ne paraissait guère rassurée par toutes ces démonstrations de zèle; car, dans la dernière revue qu'elle avait passée des troupes de la garnison, les régiments de ligne lui avaient manifesté une certaine froideur qui l'inquiétait. Le 51 mars, elle retourna aux casernes pour s'assurer d'une manière positive des intentions de ces régiments, qui alors lui déclarèrent qu'ils obéiraient à leurs chefe en tout ce qui concernerait le service de la patrie; mais qu'ils ne se battraient point contre leurs frères d'armes, attendu qu'ils ne voulaient pas commencer une guerre civile. Après cette déclaration , la duchesse d'Angouléme comprit que puisque les troupes de ligne lui refusaient leur concours, elle devait s'attendre à les avoir pour adversaires, et qu'il pouvait en résulter une sérieuse collision , dont l'issue ne serait pas sans danger.

. Dans ces eonjonctures, la duchesse réunit auprès d'elle iin conseil militaire pour délibérer définitivement sur les dispositions qu'il convenait d'arrêter, afin de s'opposer à l'entrée du général Clauzel. Dans ce conseil » les autorités civiles et militaires persistèrent à aiffirmer à la princesse que les habitants étant décidés à périr pour sa défense , les moyens qui devaient l'assurer ne pouvaient manquer de réussir. Un des opinants , moins courtisan que les autres, M. Troplong, qui commandait la première compagnie de grenadiers de la garde nationale , eut le courage de faire entendre quelques observations sensées, que le conseil ne jugea pas telles. Il dit que les régiments de ligne de la garnison ne partageant pas le dévouement de la garde nationale, celle-ci avait à appréhender qu^av moment de l'engagement qui allait avoir lieu, elle n'eût à combattre et le corps qui s'avançait avec le général Clauzel et celui de la garnison; que la divergence de sentiments qui existait entre les deux corps était manifesté, et que dans cet état de choses, la résistance proposée méritait le plus sérieux examen. Il eut la franchise ti'avouer (et cet aveu lui devint bien funeste par la suite) que, quoiqu'il fût sûr du patriotisme de la compagnie qu'il commandait, il ne répondait pas qu'elle prit en entier les armes lorsqu'il serait question de la mener au feu, parce qu'il y en avait un tiers composé d'artisans et de marchands , tous pères de famille, qui hésiteraient peut-être à compromettre leur avenir dans une affaire contre des troupes réglées. 11 observa que ce qu'il disait des intentions et de la force effective de sa compagnie pouvait s'appliquer à bien d'autres de la garde nationale.

Les grandes assemblées cèdent moins aux insinuations de la prudence qu'à l'entrainement de l'exagération. Le

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