CHAPITRE SEPTIÈME
de fusil frappe à mort le capitaine Troplong. D'autres coups suivirent celui-ci. Ils partaient du milieu de la troupe des volontaires royaux (*) , et paraissaient dirigés contre M. de Pnységur, qui le premier avait parlé de retraite au milieu de la troupe , et qui se hâta d'abandonner le terrain. Aucune recherche juridique n'ayant été faite pour raison de cet assassinat , le nom de son auteur est resté inconnu.
Au bruit de cette fusillade , l'armée bordelaise rompit ses rangs spontanément et dans le plus grand désordre. Chacun se retira chez soi. Toutes les maisons se fermèrent en ville comme dans un temps d'alarmes. La stupeur des habitants augmenta > en considérant les suites qui pouvaient résulter de cette échauffourée. Cependant les membres des diverses autorités s'étaient portés au Palais Royal pour connaître les déterminations ultérieures de la duchesse d'Angouléme. Elle persista dans son projet de dé^ part. Mais comme on craignait qu'il ne fût troublé par l'arrivée immédiate du général Clauzel , que la scène qui venait de se passer sur le port pouvait inquiéter , il fut résolu de lui écrire pour l'engager à surseoir jusqu'au lendemain son entrée en ville. Voici la lettre qu'on lui adressa :
« Monsieur le Général ,
(c M"^" la duchesse d'Angouléme ayant eu connaissance a des communications que vous avez faites aux autorités
deaiu), publié en 1816 : a A peine la duchesse d'Angouléme ftit- « elle éloignée du port , que'des coups de fusil et une grande con- « fusion parmi les troupes en armes sur ce port annoncèrent qu*un « combat s*était engagé entre elles ».
0 Voyez àvoi Pièces ju$H/icativ$$, n» xx.
236 HISTOmB DE BOBBEÀUX.
a civiles et militaires de Bordeaux , fait de& dispositions « pour son départ* Au nom de ces autorités, nous vous de* « mandons jusqu'à demain pour que ce départ puisse s'ef^ (( fectuer, sans qu'il résulte d'ici-là aucun malheur pour <( cette ville.
« Nous avons l'honneur d'être, etc.
(( (Signés) Le lieutenant général, Decaen. tt Le préfet 9 Valsuzenay.
(( Le maire , Lynch )>.
On chargea de cette dépêche et des négociations qui en seraient la suite ., M. de Martignac , le même officier qui avait été précédemment envoyé vers le général Claozel , et que ce général qualifie dans se^éerïtsA'homme plein de sens et ami de son pays. L'envoyé obtint ce qu'il demandait. Comme il cherchait à persuader au général Clauzel que les Bordelais étaient encore en mesure de s'opposer à ce qu'il traversât la Garonne , celui-ci prouva à M. de Martignac qu'il avait avec la garnison de Bordeaux des intelligem.es telles qu'il pouvait entrer à volonté dans cette ville. Il le conduisit à cet effet vis-à-vis le Château-Trompette dans les Queyries ; et là , sur-un signal qu'il fît, cette garnison arbora le drapeau tricolore sur les remparts.
La duchesse d'Angoulême n'attendit pas l'expiration du délai convenu pour quitter Bordeaux; elle en sortit le même jour à huit heures du soir , et se dirigea vers. Pauillac, où elle s'embarqua le lendemain sur un navire anglais qui se trouva dans ce port , et fit voile immédiatement pour l'Espagne. Cette princesse reçut des Bordelais jusqu'à son départ les témoignages du vif intérêt qu'on lui portait. Ce ne fut pas sa faute si elle ne réussit pas dans les projets qu'elle avait conçus à Bordeaux, car on ne peut