‹ Histoire de BordeauxChapitre 77 sur 143 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

peau tricolore sur le Grand-Théâtre ; mais comme le rassemblement devenait plus grand et plus tumultueux» il appela un détachement de la garnison pour faire retirer la foule. Il recommanda aux soldats de la traverser en tout sens , sans user de violence. Quelques hommes exaltés persistèrent à rester groupés sur la place , et se portèrent même jusqu'à provoquer par des injures les soldats et à leur lancer des pierres. Ceux-ci, usant du droit de légitime défense , ripostèrent aux attaques de la multitude par des coups de fusil qui atteignirent quelques habitants. La ferr mentation allait croissant , lorsque le général Clauzel fit battre la retraite ; et bientôt l'attroupement se dissipa de lui-même.

L'ancien ordre de choses touchait au moment d'être entièrement rétabli à Bordeaux. Le général Clauzel conserva jusqu'à l'expiration régulière. de son commandement, l'usage des droits et de l'autorité attachés à sa place , plus courageux que le préfet qui , nommé pendant jes cent jours , avait abandonné ses fonctions avant l'arrivée de son successeur. Celui du général Clauzel était attendu. Fidèle aux principes rigoureux d'administration , qui ne permettent pas qu'un poste public reste vacant , le général se considérant comme dûment autorisé à conserver son commandement et à en exercer le pouvoir jusqu'à son remplacement Connu , fit publier , le 25 du même mois, un ordre du jour» dont les dispositions annoncent un fonctionnaire qui n'est pas accessible ^ la crainte , lorsqu'il se tient dans les limites de son devoir. Dans cet acte (c il témoigne sa satisfaction « (ce sont ses termes) aux autorités civiles et militaires « des onzième et vingtième divisions , qui dans les mo- « ments difficiles ont montré l'énergie qui pouvait seule <t maintenir la discipline , le bon ordre , la tranquillité pu-

(c blique , et faire reconnaître raatorité da roi avec la dia gnité convenable d. Il finit en prescrivant aux mêmes autorités de faire arrêter tous les militaires qui auraient abandonné leurs drapeaux , et (c qui par cette infraction , « ajouta-t-ih peuvent concourir à affaiblir l'action de la « force publique, nécessaire au maintien de l'ordre légal ». Deux jours après la publication de son ordre du jour , le général Clauzel quitta Bordeaux afin de se soustraire à l'irritation populaire : dans un temps plus calme il obtint de rentrer dans sa patrie.

Les transformations opérées sur le terrain du Château-' Trompette ont été précédées soit par deux ventes au profit de l'état, soit par des concessions à divers titres faites par deux gouvernements. Un précis de ces transformations nous a paru devoir intéresser la curiosité publique , parce que chacune d'elles est accompagnée de particularités qui tiennent à l'histoire locale.

L'inutilité de ce fort^ dont l'existence affectait les habitants de Bordeaux , en rappelant leurs anciennes révoltes , fut reconnue par le gouvernement , un siècle après la construction de cette forteresse. Il en consentit l'aliénation à M. Mengin de Montmirail, par lettres -patentes, en forme d'édit, données an mois d'août 178S. Elles fixent à soixante-dix-neuf mille quatre cent quatre-vingt-trois toises carrées le terrain vendu , sans en indiquer le prix. On dit communément qu'il était de treize millions dont un seul fut compté. Cette aliénation fut consentie , à la charge par l'acquéreur de faire exécuter à ses frais la fa-

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