‹ Histoire de BordeauxChapitre 8 sur 143 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

pardonner aux habitants , et qa'il leur était accordé une pleine et entière amnistie. La déclaration du roi qui contenait cette amnistie fut enregistrée (au parlement le 6 avril 1675.

La joie que la ville ressentit de la cessation des troubles fut de courte durée. Ils recommencèrent au bout de quatre mois; et quoiqu'ils n'eussent ni autant d'intensité ni autant de gravité que les premiers, ils en firent revivre le souvenir et attirèrent de grands malheurs sur Bordeaux. Le 16 août de la même année , le peuple arrêta deux ballots de papier timbré qu'on chargeait pour Bergerac , en alléguant qu'on voulait rétablir les impôts supprimés. Les jurats s'étant rendus sur le port où l'émeute se formait avaient réussi à Tapaiser , lorsqu'elle reprit avec plus de force à l'arrivée d'une nouvelle troupe de mutins. Elle se saisit des ballots , déchira le papier timbré qu'ils renfermaient , et mit le feu au bateau sur lequel ils se trouvaient. Quelques efforts que fissent les jurats, ils ne purent s'opposer à cette action des séditieux. Ceux-ci les Suivirent ensuite jusqu'à l'Hôtel de Ville , en criant qu'on cherchait à les tromper, puisque, malgré la promesse qu'on leur avait faite de supprimer le papier timbré , on songeait à en faire revivre l'usage. » *

Au premier avis que le maréchal d'Albret reçut de cette émeute , et pour la comprimer, il ordonna à la garnison du Château-Trompette devenir le joindre à l'Hôtel de Ville où il se transporta pour l'attendre. L'archevêque s'y rendit aussi. Lejprélat et le gouverneur employèrent vainement leurs efforts pour déterminer les mutins à rentrer dans le

Au HISTOIRE DE BORDEAUX.

devoir. Leur nombre s'élant bientôt accru , ils recommencèrent leurs menaces et se mirent à même de pénétrer de force dans THôtel de Ville. Les troupes bourgeoises et le guet qui le gardaient les arrêtèrent dans leurs entreprises en tirant sur eux , et en tuèrent ou blessèrent un grand nombre. Trois cents soldats de la garnison arrivèrent dans le même moment. Le maréchal, à la tête de ce détachement^ et deux jurats avec des troupes bourgeoises, fondirent dans diverses directions sur les séditieux et parvinrent à les mettre en fuite , après leur avoir fait éprouver de nouvelles pertes. Cependant ils se rallièrent dans les quartiers de Saint-Michel et de Sainte-Croix , leur refuge ordinaire. La nuit étant survenue, on remit au lendemain à aller les attaquer.

Le 17 au matin on faisait des dispositions pour marcher sur les mutins , lorsque le curé de Saint-Michel se présenta à rH6tel de Ville pour assurer le gouverneur de leur soumission ; et eux-mêmes ayant mis bas les armes vinrent lui demander grâce. Le maréchal consentit à la leur accorder, à condition qu'ils feraient connaître ceux qui les avaient excités à se révolter , afin qu'il en fût fait une punition exemplaire. Ainsi fut étouffé, presqu!à sa naissance , ce nouvel acte de révolte, qui différait d'autant plus du premier qu'il n'avait été accompagné d'aucune dévastation en ville ni d'aucun attentat à la vie ou aux propriétés des habitants , et que la perte d'hommes qui en résultait était seule du côté des révoltés.

Le même jour , les jurats rendirent une ordonnance qui contenait les dispositions les plus propres à maintenir le bon ordre. Ils écrivirent en même temps au marquis de Châteauneuf, secrétaire d'état, pour lui rendre compte de tout ce qui venait de se passer à Bordeaux. Le ministre

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