‹ Histoire de BordeauxChapitre 9 sur 143 · CHAPITRE PREMIER. M · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. M

leur répondit peu après , qu'ayant instruit le roi de leur conduite, S. M. avait approuvé tout ce qu'ils avaient- fait pour rétablir le calme dans la ville.

De son côté> le parlement rendit un arrêt, le 27 août , pour défendre les attroupements. Deii.x jours.après il condamna à la peine de mort douze hommes et une femme qui furent reconnus comme ayant été chefs de l'émeute du 16 de ce mois. Trois furent brûlés vifs sur la place de Canteloup, et les neuf autres , ainsi que la femme , furent pendus dans les quartiers où ils avaient excité à la révolte. La tète d'un de ces condamnés fut substituée à celle du fameux ormiste Dureteste , qu'on voyait encore au haut d'un ^poteau dressé en i6^6k sur une ancienne tour qui était à l'extrémité méridionale de la plate-forme de Sainte-Eulalie ; et l'on bâtit près de cette tour une pyramide à laquelle on attacha une inscription qui contenait l'arrêt de condamnation des suppliciés. On éleva en même temps, audessus de la façade de la maison {*) du conseiller Tarneau ( massacré dans la sédition ) , un fronton allégorique , accompagné d'ornements d'architecture , pour rappeler au peuple le souvenir de ce malheureux événement.

Ces supplices, les monuments destinés à en attester la cause, et plus que tout, le rétablissement parfait de la tranquillité publique à Bordeaux, devaient fair& espérer aux habitants que le gouvernement renoncerait à exercer contre eux aucun acte de rigueur au sujet de ces événements. Il en avait déjà pardonné les premiers mouvements, et il paraissait disposé à étendre ce pardon aux derniers,

f ) Elle était située à l'entrée des fossés de Saint-Eloi. On voyait autrefois, dans la cour de la maison n» 18 de ces fossés, les restes de ce* fronton que les anciens propriétaires avaient obtenu de faire descendre en cet endroit de leur maison.

puisqu'il avait approuvé les mesures prises par l'autorité lécale pour les réprimer. D'ailleurs , le maréchal d'Albrét, en recevant la soumission des séditieux , leur lavait fait grâce , à condition que ceux qui les avaient excités à la i^ volte seraient livrés aux tribunaux , et cette condition se trouvait remplie par la condamnation de leurs chefs. Cependant , malgré sa clémence apparente, il devint Tinstru^ ment docile de la punition qu'on infligea à cette ville , si tant est qu'il n'en fut pas l'instigateur par ses perfides rapports au gouvernement , ainsi que les mémoires du temps l'en ont accusé.

En considérant l'indulgence que le gouvernement avait montrée à l'occasion de la dernière sédition de Bordeaux, et le laps de temps qui s'était écoulé depuis cette époque , les habitants ne pouvaient pat» présumer qu'il eût conservé l'arrière-pensée de les punir d'un acte sur lequel il n'avait pas témoigné vouloir revenir. Ils vivaient dans une sécurité parfaite à cet égard , lorsqu'ils apprirent qu'un corps de l'armée qui avait servi dans la guerre d'Espagne se dirigeait vers cette ville. Cette nouvelle leur donna de fîicheux pressentiments par rapport aux rigueurs dont ils paraissaient menacés. Lesjurats, informés que ce corps n'était qu'à une journée de Bordeaux , se rendirent auprès du gouverneur pour lui demander ses instructions. Il se borna à leur prescrire de pourvoir immédiatement au logement des troupes qui venaient en cantonnement dans cette ville. Ces magistrats , affligés d'un événement dont ils redoutaient déjà les suites , ne songèrent qu'à exécuter les ordres qu'on leur donnait.

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.L'approche de ces troupes ayant jeté la consternation dans Bordeaux» les principaux habitants s'empressèrent de se retirer dans leurs campagnes. Le gouverneur publia une ordonnance par laquelle il était enjoint à tous les particuliers absents de cette ville d'y rentrer dans trois jours , sous peine d'exécution militaire. On vil alors les soldats enfoncer les portes des maisons abandonnées , en enlever le mobilier qui leur convenait, et vendre le restant pu'^ bliquement. Cette ordonnance défendait aussi de s'assembler dans la même maison plus de deux personnes autres que celles qui y avaient leur domicile , et de paraître en ville passé sept heures du soir. Il était également enjoint aux militaires de ne pas sortir de leur logement après 1^ même heure. Si les habitants avaient des plaintes à porter contre les militaires , ils devaient les adresser aux jurats , desquels en donneraient connaissance au gouverneur ou à. l'intendant ; et si les réclamations étaient faites contre les habitants par les militaires, elles devaient être remises aux commandants des troupes , qui les transmettraient au gouverneur. La ville comprit alors qu'elle était passée sous le gouvernement militaire , par le fait d'une pareille ordonnance. Celle que l'intendant rendit en même temps n'était pas moins significative. Elle portait que l'intention du roi étant que les troupes qu'il envoyait en garniàon k Bordeaux reçussent des habitants ce qui leur devenait nécessaire pour subsister, et pour empêcher qu'elles ne commissent aucun désordre, les bourgeois chez lesquels les cavaliers ou dragons , et leurs officiers , seraient logés , étaient tenus de leur fournir journellement vingt livres de foin , dix livres de paille , et un dixième de boisseau d'avoine par ration, avec une somme d'argent déterminée suivant le grade. L'ordonnance détaillait ensuite ce qui

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devait être délivré, soit en argent, soit en nature, à cha« cun des soldats ou officiers d'infanterie , et leur défendait d'exiger autre chose de leurs hôtes à peine de punition.

Quelque onéreux que fussent de pareils règlements , on devait présumer que les troupes s'y conformeraient, et qu'elles seraient surtout assujetties à la discipline militaire. Mais on ne tarda pas à acquérir la conviction que ces règlements n'avaient été publiés que pour la forme , et que les garnisaires armés qu'on imposait aux Bordelais étaient secrètement autorisés à les traiter en ennemis de l'état.

Le 47 novembre 1675 , dix-huit régiments de tontes armes entrèrent dans Bordeaux comme dans une place conquise. La ville et ses faubourgs ne suffisant pas pour les loger , on en envoya des compagnies dans des communes circonvoisines. Le lendemain on procéda , suivant une ordonnance du gouverneur, au désarmement des habitants , qui furent obligés de déposer leurs armes à l'Hôtel de Ville, d'où on les transporta au Château-Trompette. Le parlement rendit un arrêt par lequel il déclarait que celui du 29 mars précédent lui ayant été arraché par la violence , il le révoquait , maintenant qu'il lui était permis de délibérer en liberté. En conséquence il ordonnait l'exécution de l'édit du roi , concernant la perception des droits sur le papier timbré , le contrôle des actes , la marque de l'étain, et autres droits établis par cet édit , à peine d'être procédé à l'égard des contrevenants selon la rigueur des lois. La cour pouvait et devait rendre un pareil arrêt dès le 29 août dernier, jour où elle condamna les principaux chefs de la sédition. Cette révocation tardive paraissait être l'effet de la crainte du blâme que redoutaient alors les magistrats > tandis que si elle eût été prononcée trois mois auparavant,

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