CHAPITRE SEPTIEME
agitèrent cette ville en 1650, ils n'ont pas cru déroger à la gravité de l'histoire en citant textuellement une lettre des dames de Bordeaux à celles de Paris , avec la réponse de ces dernières, à l'occasion de l'issue de ces mêmes troubles. Il est permis d'élever quelques doutes sur la réalité de cette correspondance féminine , tandis que le faitqûe nous allons rapporter est authentique. Il concerne une offrande alors faite à un prince français par dés Bordelaises , offrande à laquelle leurs concitoyens de toutes les classes ont contribué, et qui a été solennellement accueillie en cour.
Dans toutes les réjouissances publiques , les harengères de Paris, qui s'intitulaient les dames de la halle, avaient coutume d'envoyer une députation au roi pour lui porter les félicitations du peuple de la capitale. Fortes de cet exemple, les femmes de Bordeaux qui vendent des comestibles au marché imaginèrent, dans l'été de 1820, d'offrir à la duchesse de Berri un berceau pour l'enfant dont elle était sur le point d'accoucher. Afin de donner plus de magnificence k cette offrande, elles y associèrent les principaux habitants de cette ville, en recueillant leurs sous-' criptions volontaires , comme on l'avait précédemment pratiqué à Paris pour rétablir sur le Pont-Neuf la statue d'Henri IV.
Ce berceau fut remis à la duchesse de Berri ^ le 46 septembre de la même année, par trois députées de Bordeaux qui furent présentées au roi par leur compatriote M. Desèze, pair de France, et premier président de la cour de cassation. On leur fit le. plus brillant accueil, et tous les journaux en publièrent les moindres circonstances. 11 fut frappé à ce sujet une médaille de grand module , portant d'un côté le buste de la duchesse de Berri, et sur le revers
l'inscription suivante : a La may dau noubel Henric-Di(m- <( Donnât, à Ions deBonrdéou et lesbrabes Bonrdelèses K qu'an pourtat lou brez oun drom Ion billet dan Béarnez (( duc de Bourdéou »»
Des exemplaires de cette médaille en bronze furent rerais aux personnes qui avaient contribué aux dépenses faites à l'occasion de ce berceau ; et les députées qui l'avaient présenté reçurent cette médaille en or, attachée à une chaîne de même métal. Depuis elles s'ensont montrées décorées dans les fêtes publiques, où elles paraissaient sous le nom de Dames du berceau. Cette médaille est la première qui ait offert une légende en gascon : une inscription dans le même idiome se lit sur une énorme écaille de tortue» qui avait servi de berceau à Henri IV, et que l'on conserve à Pau.
Bordeaux est une des premières villes de France qui ait donné l'exemple d'ériger des monuments publics ^à de grands citoyens, dont les vertus et les talents avaient mérité la reconnaissance du pays. En 1778, l'assemblée des notables de cette ville délibéra de faire exécuter en marbre le buste de Montesquieu , et de le placer dans la salle la plus apparente de l'Hôtel de Ville» afin, porte le registre municipal, d^honorer la mémoire de cet iUustre citoyen de Bordeaux. Cette délibération ne reçut pas son exécution, quoiqu'elle fit honneur à ceux qui Tavaient prise» sans rien ajouter à la gloire de l'auteur de r£^^prtl des lois. Il a fallu que le gouvernement se soit chargé d'accomplir un vœu que l'administration locale qui l'avait émis ne devait pas oublier de réaliser.
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Le 23t avril i82SLon inaugura solennellemeol à Bordeaux, dans une des salles du palais de justice^ la statue de Montesquieu» dont le roi venait de faire présent à cejtte ville. C'est un beau morceau de sculpture , quoique la figure ne ressemble pas à celle qu'on admire sur la médaille gravée d'après nature par Dassier, en 1755. Au reste, la statue du législateur des nations s'élèverait avec plus de convenance sur une place publique.
Cette destination a été bien mieux reconnue par rapport à la statue (*) du célèbre intendant de Tourny. On l'a érigée au centre de la place où se joignent le cours et les projnenades auxquels les Bordelais avaient donné le nom de ce grand administrateur, même pendant qu'il vivait au milieu d'eux.
Un côté du socle de cette statue porte l'inscription suivante :
A LoUiS-FlULHÇOIS (*^) AUBERT DE ToÙRHT ,
Intendant de \x proyuige de Guienne,
Depuis 1743 jusqu'en 17S8;
La postérité reconnaissante.
(*) Elk a été exëentée d'après un portrait que nous ayons décou- Tert en 1807 ehez un habitant de cette yille. Ce portrait, dont nous fimes connaître Texistence dans les journaux du temps , a servi de modèle pour la statue dont il est ici question , et d'après laquelle a été faite la gravure jointe au présent ouvrage. Dans notre admiration pour M. de Tojirny , nous renouvelâmes alors la proposition que nous avions publiée en 1803 (Annales de Bordeaux y page 141] de consacrer une statue à la mémoire de cet illustre intendant.
(**) En tête des ordonnances rendues par ce magistrat, il est nommé Loui8-l/r6atn et non François y comme porte cette inscription. On y a oublié les qualifications de M. de Tourny: on les a
Sur le côté opposé on lit :
(( Ce monument , voté par le conseil général du dépar* (c tement de la Gironde , étant préfet M. le comte Tourne non , a été inauguré le 27 juillet 1825 , étant préfet (( M. le baron d'Haussez )).
Les habitants de toutes les classes se portèrent en foiile aux solennités qui accompagnèrent l'inauguration de chacune de ces statues, comme s'il s'agissait de célébrer une fête de famille.
vn.
On compte dans cette ville six établissements publics de bienfaisance^ dont chacun a une destination spéciale. Le principal d'entre eux, dans lequel on reçoit toute espèce de pialades, est l'hôpital Saint-André. L'édifice dans lequel il était placé menaçait ruine, lorsque le duc de Richelieu passant à Bordeaux en 1819, et voulant laisser une marque de son souvenir à une ville qui, dit-on, l'avait vu naître, lui fît un don qui devait contribuer à la reconstruction de l'hôpital Saint-André. Ce don consistait dans l'abandon du revenu annuel de cinquante mille francs provenant d'un majorât, dont une loi venait de récompenserai es services que le duc de Richelieu avait rendus à l'état dans les fonctions de ministre des affaires étrangères. Le
dénaturées dans son Eloqe couronné par rÀcadéihie en 1808 , ainsi qu*au bas du portrait qui y est joint. Dans ces deux dernières pièces^ où d'ailleurs le prénom de François est substitué à celui d'Urbain, on rappelle seigneur de Tourny, tandis qu'il fallait dire marquis de. Cette remarque pourra paraître minutieuse, mais elle est exacte, et l'inscription ne l'est pas, ce qui est un défaut dans tout monument public.