CHAPITRE HUITIEME
que chaque électeur venait à THotei de Ville retirer sa carte d'entrée au collège électoral , on lui remettait un exemplaire de ces publications. Elles produisirent peu d'effet dans le département, où un seul des candidats ministériels fut élu. Un fait particulier à Bordeaux fut entr'autres remarqué dans ces circonstances; et sa grande publicité (*) ne permet pas de le passer sous silence. A peine les élections furent-elles terminées , que le maire retira l'emploi de conseil de cette ville à M. Roullet, avocat , parce que dans le collège électoral dont il faisait partie il avait manifesté l'intention d'accorder son suffrage * à uif éligible dont le nom n'était pas porté sur la liste imprimée des candidats ministériels.
^ Cependant on apprenait que dans tous les départements le parti ministériel paraissait désappointé de voir que ses candidats seraient élus* en minorité. Tout faisait appréhender de sa part quelque coup d'état, dont ce parti proclamait la nécessité pour assurer son triomphe, lorsque le bruit circula à Bordeaux, )e St6 juillet 1830, que le télégraphe venait d'annoncer que le roi avait annulé les dernières élections, et ordonné qu'elle^ seraient recommencées d'après un nouveau mode. L'alarme s'accrut surtout à la Bourse, où la correspondance du commerce faisait pressentir les inquiétudes qui agitaient Paris par rapport à des projets inconstitutionnels qu'on prêtait au mintstère. Pour éclaircir ces bruits, plusieurs négociants se rendirent auprès du préfet pour le prier de vouloir bien fixer l'incertitude des habitants. Celui-ci se borna à assurer qu'il n'était informé que d'une ordonnance du roi , qui
n Voyez les deux lettres qui terminent le n© xxii des Pièces justificatives.
S54 UlSTOIftE DE BORDEAUX.
éloignait de quelques jouis l'ouverture du corps législatif. Cette assurance ne rassura personne. Dès le lendemain Talarme se comoinniqua à la ville entière. Toutes les affaires commerciales furent suspendues, et le chargement de plusieurs navires fut Aiéme ai^rété.
Cet étal d'agitation augmenta le 28, jour oùron afficha quatre ordonnances que le roi avait rendues» le 38 de ce mois. Elles prescrivaient i^ la dissolution de la chambre ' des députés qui se trouvait convoquée pour le 3 août pro* chain; V Torganisation des collèges électoraux d'après un mode différent de celui qui était déjà fixé pâur les lois; 3^ une nouvelle éleetiou des députés et la convocation du corps législatif pour le 28 septembre suivant; k^ l'établissement de la censure préalable des journaux, lesquels ne pourraient plus paraître qu'en vertu d'une autorisation spéciale du gouvernements Ces ordonnances furent notifiées aux propriétaires des journaiix politiques de Bordeaux, avec injonction d'ayoir à les insérer dans leurs numéros dtt lendemain. Biles étaient accompagnées d*na arrêté du maires relatif à la circulation desnotfveUes politiques, aux réunions dans les lieux publics, et aux discours qui pourraient y être tenus. On y énonçait les mesures les plus minutieuses pour empêcher l'émission soit d'aucun imprimé ou manuscrit en quelque langue que ce puisse être; soit de lithographies, gravures, on même dessins faits à la main , lesquels auraient rapport à l'administration générale. Un pareil supplément à des actes inconstitutionnels indisposa contre l'autorité muni-
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€ipale dont la mission est de parler paternellement aux citoyens.
Les journaux intitulés VIndtcateur et le Mémorial Bordelais, en publiant les ordonnances du 25 juillet, les ac* compagnërent de quelques réflexions courageuses sur la liberté de la presse dont elles menaçaient l'existence. A peine ces journaux eurent-ils paru , que là police eu fit saisir tous les exemplaires qu'on accourait lire dans le$ lieux ouverts au public. Elle fit en même temps mettre les scellés sur les presses qui avaient servi à les imprimer, se réservant de prendre des mesures ultérieures contre les propriétaires et les rédacteurs de ces journaux. ,
Quoique les ordonnances du 25 eussent été arrachées dans la nuit, la fermentation allait croissant da»s la ville. Les voyageurs qui y arrivèrent le 29 , et quelques lettres particulières, apprirent que des signes de méconteutement s'étaient hautement manifestés dans Paris le 26 juillet, lors de la publication des actes de la veille, et qu'on y paraissait généralement disposé à s'opposer à leur exécution par une résistance matérielle. Ces alarmes d'une insurrection prochaine que l'on commençait à concevoir à Bordeaux étaient changées en certitude pour les autorités de cette ville, qui en étaient déjà informées of^ fidellement. On avait remarqué que , depuis trois jours surtout, le télégraphe était continuellement en activité , et qu'il y avait des mouvements extraordinaires parmi les femiliers de la préfecture et de la mairie.
L'inqaiétude devint, générale à Bocdeaux le 80 de ce
mois, à cause des grands événements qui se préparaient. On en parlait librement, comme pouvant avoir une haute et funeste portée. Les ateliers et les chantiers étaient fermés depuis deux jours, parce que les propriétaires, les négociants, et les industriels, redoutaient quelque grande crise. Ea ce moment tous les habitants paraissaient n'attendre que l'instant de connaître les nouvelles de Paris pour prendre la détermination que les circonstances inspireraient. Le courrier arriva à quatre heures de Taprèsmidi. Lés nouvelles qu'il portait apprirent que le 27 de ce mois les Parisiens en étaient venus aux mains avec plusieurs détachements de la garde royale et de la gendarmerie, et qu'ils se dispofiraient à recommencer le lendemain leurs attaques avec plus d'ensemble contre les divers postes de la garnison , pour chasser de Paris les troupes qui y étaient casernées.
Aussitôt que les Bordelais furent assurés que l'insurrection de la capitale était décidée, parce que le gouvernementrefusaitde retirer lesordonnancesinconstitutionnelles du 25, et de renvoyer les ministres qui les avaient contresignées, ils adoptèrent hautement les motifs de cette insurrection , et se hâtèrent de se rassembler afin d'en assurer le triomphe par tous les moyens qui dépendraient d'eux. Ils se portèrent en foule à l'hôtel de la préfecture dont ils brisèrent les portes. Parvenus dans le cabinet du préfet , ils sommèrent ce magistrat d'avoir à leur donner connaissance de ce qu'il savait sur les mouvements de Paris, et de s'expliquer catégoriquement sur ce qu'il entendait faire dans cette occurrence. Il se refusa à toute explication. Alors on lui djéclara qu'il serait gardé à vue pour l'empêcher de donner aucun ordre violent, attendu qu'on n'ignorait pas qu'il se proposait d'appeler des