‹ Histoire de BordeauxChapitre 95 sur 143 · CHAPITRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIEME

^a 159^, âgé de quatre-vingt-trois ans. Sa sœur lui fit élever le mausolée dont nous parlons. Il était en marbre de plusieurs couleurs , d'environ cinq mètres de hauteur. Caudale y était représenté à genoux. Aux quatre coins on voyait les statues des vertus cardinales jetées en bronze et de grandeur naturelle. Ce beau monument a été détruit dans la révolution. On n'en a conservé le souvenir que par le nom de la rue Gandale , qui a été ouverte sur le terrain de ce couvent.

T Le couvent des bénédictins est Tobjet d'un article rapporté page 395.

5® Les capucins se sont établis en 160i , dans l'ancien hôpital des pestiférés. Le 16 août 1609, leur église fut bénie par le cardinal de Sourdis. En 1688 , ils obtinrent des jurats la concession de la partie des remparts de la ville qui bordait leur couvent, pour en faire une terrasse. Ce couvent a été rebâti à neuf en 1738. On dit qu'il parut trop somptueux pour des capucins, â leur général qui vint y tenir le chapitre de son ordre en 1770; cependant il ne leur assigna pas une retraite plus modeste.

U^ Le couvent des grands carmes existait sur les fossés de ce nom. La Chronique place sa fondation à l'année 126^ ; mais les moines qui l'habitaient prétendaient qu'il avait été bâti un siècle auparavant. Ils s'étayaient d'une tradition populaire dont les circonstances > toutes fabuleuses qu'elles paraissent , méritent d'être connues. Une armée espagnole vint , dit-on , assiéger Bordeaux en 1206. Elle était commajidée par un géant qui défiait les chefe des Bordelais de se mesurer avec lui dans un combat singulier. L'un d'eux, le chevalier de Lalande, accepta le combat, à condition que si le champion de l'armée ennemie était vaincu, elle lèverait le siège de Bordeaux, et

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qne cette ville se rendrait, si son champion venait à sucûotnber. Lalande ayant tué son adversaire , les Espagnols se retirèrent , snivani les conditions du cartel , et il fit bâtir le couvent des carmes en ïnémolre de sa victoire , ainsi qu'il en avait fait le vœu en acceptant le dëfi. On voyait encore dans ces derniers temps , attachée à Féglise de ce couvent , une vieille lance avec un collier en fer d'environ un pied de diamètre , qu'on disait avoir appartenu aa géant vaincu par Lalande. Au-dessous se lisait une inscription en vers gothiques qui parlait de ce prétendu combat , de la fondation du couvent qui en fut la suite au doazihne siècle , et de sa reconstruction eu 4217 et en 1497 , aussi par la même famille de Lalande. Nous nous dispenserons de rapporter cette inscription, parce qu'elle est consignée dans la CArontgueetdans le Ttaiti de Vhùtidre éF Aquitaine par Lonvet.

On remarquait aussi dans l'église de ce couveot le tom^ beau du bienheureux Simon Stock , sixième général de Fordrc des carmes , mort en 4265. Ses confrères ont prétendu que , dans une vision , la Sainte Vierge lui donna le scapulaire comme une marque de la protection spéciale qu'elle accordait aux personnes qui le porteraient. Le fameux docteur de Launoy a fait un ouvrage pour prouver que la vision de Stock est une faible , ce que nous ne nous chargeons pas d'examiner. Quoi qu^il en soit , la confrérie du scapulaire, établie au couvent des carmes de cette ville, était en grand renom.

Une autre chose qui ne Ta été guèresn^ins, c^était un reliquaire appelé le bâton de saint Roch , que ce couvent possédait , et dont il retirait un singulier avantage. Le droit de garder chez soi ce reliquaire durant un an s'affermait publiquement le lendemain de la fête du saint,

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en présence du prooureqr du roi au sénéchal , qui dresaaii procès^verbal de ceUe adjudication. Elle s'est élevée une fois jusqu'à doquaote écus. Les enchérisseurs étaient ha* bituellement des» bouebefs» des tanneurs , ou des mégisaiers, qui prétendaient que la garde du bâton de sainjt Rpcb leur portail bonbeuret les préservait des dangei» qui pouvaient résulter de la mauvaise odeur de leurs marchau'dises^ Les carmes allaient déposer et retirer proeeission*nellenient ce reliquaire chez celai qui en était fermier* En 1774 l'arcbevèque défendit un pareil trafic.

S® et 6® Les couvents des petitsrcarmes de la ville et des Qiartrons n'en formaient originairement qu'un seuL 11 fut fondé en 1626 dans une maison de ce feubourg que leur donna le cardinal de Sourdis. La formation de la nouvelle esplanade du Château-Trompette ayant nécessité la démolition de leur couvent en 1671 , on en rebâtit un nouveau Tannée suivante , dens la rue des Petits^Carmes en ville. Une partie de la population de ce couvent fut transférée en cérémonie > le 4 mars 1751^ , dans le der* nier, qui venait d'être construit dans la rue Notre-Dame» aux Qhartrons. Les moines qui restaient continuèrent d'occuper leur ancien couvent dans la rue qui porte encore leur nom.

7^ Le couvent des chartreux a été solennellement inauguré par le cardinal de Sourdis, le 29 mars 1620. Cette date est consignée dans les inscriptions qui se lisent sur la porte d'entrée de l'église de la chartreuse. Elles^ contiennent d^ sentences pieuses prises dans saint Jérôme. Le cardinal de Sourdis n'y est nullement désigné comme ayant fait bâtir ce couvent. On indique seulement qu'il a fait placer ces inscriptions, par le mot générique posuit. Le nom des fonctionnaires publics inscrit sur un monu-

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ment inauguré durant leur administration est une formuld de pure étiquette > qui ne leur confère pas le titre de fon«> dateurs.

On croit communément que ce couvent a été construit aux dépens de ce prélat : c'est une erreur à laquelle a donné lieu la Chronique Bordelaise , continuée par Damai en 4620. La nouvelle édition de cet ouvrage» publiée par Tillet en 1117, redresse cette erreur en ces termes : « En « Tan 160S, Biaise de^Gascq .fonde la Chartreuse de Bor- (( deaux en décembre de cette année, et meurt religieux (( de Tordre » . Ce texte aurait dû suffire pour corriger la tradition vulgaire, qui attribue la fondation de la chartreuse au cardinal de Sourdis^ Ce prélat fut seulement un des bienfaiteurs de ce couvent, auquel il donna une partie des terrains sur lequel il s'élève , et qu'il détacha des marais de l'archevêché, dont il aie premier entrepris le dessèchement. Le titre de fondateur de cette chartreuse appartenait incontestablement à Biaise de Gascq, riche gentilhomme dont la famille subsiste encore dans le pays bordelais , laquelle s'est toujours regardée comme ayant contribué à cette fondation, et a joui en conséquence des distinctions qui lui ont été accordées à ce titre par l'ordre des chartreux. Cet honorable citoyen s'étant fait religieux dans la chartreuse de Saint-Etienne et de Saint-Bruno du Bois dans la Calabre ultérieure, légua, par testament (*) du S ^^ décembre 1608, tous ses biens à l'ordre dans lequel il entrait, pour servir à fonder un couvent de chartreux à Bordeaux. On doit penser que ces biens avaient une valeur '^' considérable 9 à en juger seulement par la mention suc- i cincte qu'en fait le testateur. Ils consistaient en deux ^

n Voyez-le au no xxiv des Pièces justificatives. ^^

Me

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terres titrées, avec les redevances seigneuriales en dépendant, sept grands domaines ruraux « plusieurs pièces de terre qui en étaient séparées , deux moulins , le tout situé dans diverses communes des diocèses de Bordeaux et de Bazas, et enfin certaines sommes qui lui étaient dues par différentes personnes.

Voilà un fait authentique que notre qualité d'historien ne nous permet pas de taire. Il détruit Toplnion populaire que le chroniqueur Darnal avait contribué à établir , quoi^ que Tilletson continuateur l'eût contredite, en rappelant la donation de Biaise de Gascq. Cet acte , qui est ici publié pour la première fois» sert à expliquer ce qui aura donné lieu de croire que le cardinal de Sourdis était le vrai fondateur de la chartreuse. En effet , on voit par le testament précité , que celui qui Tavait fait chai^eait de son exécution le général des chartreux , et qu'il l'autorisait même à commettre , pour cette exécution , telle personne qu'il jugerait à propos. Il est probable que le cardinal de Sourdis accepta cette commission. Or, comme, en la remplissant , il paraissait seul ordonner de son chef la construction du monastère, et que le sol sur lequel il s'élevait, faisant partie des domaines de l'archevêché , était donné par ce prélat, qu'enfin on avait placé en raison de ce don ses armes en plusieurs endroits de cette chartreuse', on dut croire qu'il en était le fondateur. L'Histoire de l'église de Saint- André attribue bien au cardinal de Sourdis la fondation de neuf couvents qui s'établirent de son temps à Bordeaux, quoique les personnes qui avaient donné les fonds pour les construire fussent connues. L'erreur relative à la fondation de la chartreuse fut entretenue d'ailleurs par l'affection que le cardinal de Sourdis témoigna pour ce couvent, dans lequel il se rendait souvent pour y faire des retraites,

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ment inauguré durant leur administration tf de pure étiquette, qui ne leur confère ^% ^ dateurs. ^ * ^

On croit communément que ce co>^ ^.%- \ aux dépens de ce prélat : c'est ur^ % % & donné lieu la CArontigue Bordetai^ ^. * % % en 1620. La nouvelle édition df %%%%*■ Tillet en 1717, redresse cettei " * - -

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x>iinaltpe ce curieux exemplaire, par une lettre

^ ^ie dans le Journal général de France ^ feuille

. '^ h le 12 novembre 1789.

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^^enie, par son éloquence vive, et imparable. Quoiqu'il ait eu pour amis <le grands princes et les personnages les .4guès de France , mais encore les chefe d'un qui s'y était formé , il n'en fut pas moins attaché 4ax lois- de son pays et à la religion de ses pères; et sans flatter ni indisposer p^frsonné, il sut se rendre agréable aux hommes de toutes les opinions. Comme pendant sa vie il professa constamment, dans ses discours et dans ses écrits, une philosophie qui Pavait .fortifié contre tous les maux, aussi aux approches du terme fatal , après avoir lutté courageusement contre les attaques d'une longue et cruelle maladie , et conformant ses actions à ses principes, il termina enfin , lorsqu'il plut à Dieu, une belle vie par une belle mort.

Il vécut cinquante-neuf ans sept mois et onie jours, et

-et où il voulut être inhumé. Les préjugés et Vadulatiofi nuisent souvent à ^a vérité*

8° Le couvent des cordeliers, qui était situé sur la place du même nom, fut fondé en iStkl par Pierre de Bordeaux, riche habitant de cette ville. Oâ a ouvert trois rues sur leterrain qu'il occupait.

9^ Les dominicains furent appelés à Bordeaux en 1230 par Amanieu de Coulomb et son fils , habitants de cette ville. Leur couvent ayant été démoli pour former l'esplanade du Château-Trompette , il fut rebâti sur la place du Ch&pelet, d'après un plan donné par le frère Jean, reli*igieux de cet ordre. L'église a été inaugurée en 1707. C'éti^t le activent le plus somptueusement construit de tous ceux de la ville. Il a été démoli , l'église exceptée; et il s'est élevé sur son terrain et siir celui des récollets un nouveau quartier^ au centre duquel on a ouvert, en 1806, le marché des Grands Hommes.

10® Le couvent des feuillants fut donné à cet ordre en 1S89* Il était auparavant occupé par des antonins^ qui l'avaient fait bâtir en 1582. Il a été reconstruit en 1741 . Le nom de Michel-Montaigne que porte la rue où s'élevait ce couvent lui a été imposé ddns ces derniers temps pour rappeler que l'auteur des Essdi^'y est inhumé* Son mausolée, que certaines descriptions indiquent faussement comme étant de marbre , a été érigé par l'épouse de Montaigne, laquelle donna en même teinps aux feuillants l'exemplaire des Essais qui a servi pour l'édition stéréotype de cet ouvrage, en 1802. Cet exemplaire est conservé â la bibliothèque publique de la ville. C'est un in-4® imprimé en 1588^ et sur les marges duquel l'auteur avait écrit des notes pour une nouvelle édition* Ou rappelle^ à l'article Mon» taïgne de la Biographie universelle, que nous'avonsle pre*

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mier fait connaître ce curieux exemplaire 9 par une lettre qui est insérée dans le Journal général de France ^ feuille publiée à Paris le 12 novembre 1789.

Devienne que nous continuons a rapporté littéralement les deux épitaphes qu'on lit sur le mausolée de Montaignci Comme l'une est eu grec et l'autre en latin un peu barbare, nous avons cru devoir donner ici la traduction exacte de ces deux, pièces.

TRADUCTION DE L'épiTAPHE LATINE.

A Michel de Montaigne , né en Périgord , fils de Pierre , petit-fils de Grimon^ , arrière-petit-fils de Raymond , chevalier de l'ordre de S^int-Mlchel , citoyen, fK)mai%; ancien maire de Bordeaux, .r r .i

Destiné à être la gloire du genre humain , il s'éleva audessus ie ses contemporains par la douceur de ses mœurs , par la péniétratlon de son génie, par son éloquence ^viye, et par un jugement incomparable. Quoiqu'il ait eu pour amis non-seulement de grands princes et les personnages les plus distingués de France , mais encore les chefs d'un parti qui s'y était formé » il n'en fut pas moins attaché aux lois^ de son pays et à. la religion de ses pères; et sans flatter ni indisposer p^sonne, il sut se rendre agréable aux hommes de toutes les opinions. Comme pendant sa vie il professa constamment, dans ses discours et dans ses écrits, une philosophie qui l'avaU . fortifié contre tous les maux , aussi aux approches du terme fatal , après avoir lutté courageusement contre les attaques d'une longue et cruelle maladie , et conformant ses actions à ses principes, il termina enfin , lorsqu'il plut à Dieu, une belle vie par une

belle mort.

Il vécut cinqnanle-neuf ans sept mois et onxe jours, et

^Og HISTOIRE DE BOKBEAtJX.

monrutle 15 septembre de Tan du salut 4392. Françoise de La Chassaigne , pleurant la perte dé cet époux fidèle et constamment chéri , lui a consacré ce monument , comme un témoignage éternel de son attachement et de ses regrets.

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