‹ Histoire de Bossuet, évêque de MeauxChapitre 7 sur 14 · MAINTENANT , Ô CÉSARS , IL EST TEMPS · texte numérisé non relu

MAINTENANT , Ô CÉSARS , IL EST TEMPS

C'est dans ce même discours qu'on entendit Bossuet proclamer cet oracle tutélaire de 1 ordre social, que les Apôtres avaient enseigne par leurs Préceptes et par leurs exemples , et qui est consigné à toutes les pages de la tradition.

« Nul prétexte , nulle raison ne peut autoriser les révoltes. Il faut révérer l'ordre du Ciel et le caractère du Tout-Puissant dans tous les princes, quels qu'ils soient , puisque les plus beaux temps de l'Église nous le font voir sacre et inviolable , mêmegdans les princes Pe-cnteurs de l'Evang^ Ainsi leur couronne est hors d'atteinte. LEgl.se leur a érigé un trône dans le lieu le plus sur de tous et le plus inaccessible, dans la conscience même, où Dieu a le sien; et c'est là le fondement

le plus assuré de la tranquillité publique. »

On voit dans ce discours l'enchaînement et la suite des sentiments, des pensées et des vues que Bossuet se proposait de faire adopter par l'assemblée. Conserver l'unité, maintenir avec fermeté les véritables libertés de l Église gallicane, consacrer dans la forme la plus authentique l'indépendance de la puissance temporelle, et réprimer les esprits inquiets , qui ne cherchaient qu'à enflammer les passions et à perpétuer les divisions, telle était la noble et religieuse ambition de Bossuet.

Louis XIV lut ce discours en entier avec beaucoup d'attention , et témoigna le désir qu'il fût imprimé; l'assemblée en ordonna effectivement l'impression. Tout en consacrant les maximes de l'Église gallicane , il avait exprimé tant de respect pourlesaint-siége, tant d'attachement à l'Église romaine , il avait professé tant de mesure et de convenance dans la profession de ses sentiments , qu'à Borne même son discours fut accueilli avec bienveillance.

Le premier objet des délibérations de l'assemblée fut ^affaire de la régaie. On appelait ainsi un droit par lequel nos rois jouissaient des revenus des archevêchés et des évêehés pendant leur vacance , et même conféraient les bénéfices dépendants de leur collation jusqu'à ce que les nouveaux pourvus eussent prêté leur serment de fidélité, et l'eussent fail enregistrer à la chambre des comptes de Paris. L'exercice de ce droit ne s'élondait

jpas généralement sur toutes les églises du royau- |me. Louis XIV , pour établir l'uniformité , déjclara , en 1673 , le droit de régale inaltérable et [imprescriptible dans tous les archevêchés et évêichés du royaume. Tous les évoques qui s'étaient jusque alors maintenus dans l'exemption du droit de régale, cédèrent à l'autorité du roi, excepté (les évêques d'Aleth et de Pamiers , qui prolestèrent et en appelèrent au souverain Pontife. Inno- Icent XI rendit un jugement d'une manière si abj solue , que Louis XIV , malgré tout le respect dont j il était pénétré pour le saint-siége , s'en offensa. Mais ce fut dans son clergé qu'il chercha et qu'il trouva les défenseurs des prérogatives de sa couronne. Dans les lettres de convocation , le roi recommandait expressément aux assemblées métropolitaines de choisir pour députés du second ordre les ecclésiastiques les plus distingués par leur piété, leur savoir, leur expérience, et dont le mérite fût le plus connu dans les provinces.

Ce vœu fut parfaitement rempli , et jamais aucune assemblée n'offrit un plus grand nombre d'évêques et d'ecclésiastiques recommandables par leurs vertus et leurs lumières. Elle s'occupa d'abord , comme nous l'avons dit , de l'affaire de la régale. Bossuet pensait qu'il pouvait être utile à l'Église de France de profiter du vif intérêt que le gouvernement apportait à l'extension de la régale pour en réformer les abus et en concilier

l'exercice avec les principes de la juridiction spirituelle. Cette façon de penser de Bossuet était devenue celle de tout le clergé, et Louis XIV s'empressa de s'y conformer. Ce fut d'après ce concert mutuel que le roi rendit son édit du mois de janvier 1682, par lequel la régale fut étendue à toutes les églises du royaume , mais avec les modifications qui furent jugées nécessaires pour épurer le droit de régale de tout ce qu'il paraissait offrir de contraire à l'exactitude des règles.

L'assemblée crut devoir rendre compte au Pape de la conclusion d'une affaire qui occupait le gouvernement et le clergé depuis près de dix ans , et qui avait donné lieu aux éclats les plus affligeants. Bossuet rédigea la lettre qui fut adressée au Pape à cette occasion , sous le nom de l'archevêque de Beims, président de l'assemblée. Cette lettre, qui rend un fidèle compte de toutes les circonstances de cette discussion, respire dans toutes ses expressions la plus religieuse vénération pour le chef de l'Église. Bossuet paraissait convaincu que le Pape serait touché des raisons exposées par l'assemblée , et de la considération des avantages qui résultaient pour l'Église, des concessions auxquelles le roi avait bien voulu se prêter. Mais , contre l'attente de Bossuet , Innocent XI adressa à l'assemblée , trois mois après , un bref par lequel il improuvait , cassait et annulait tout ce qui avait été fait sur l'affaire de la régale.

L'assemblée fut étonnée, mais non pas intimidée d'un pareil langage. Elle pensa que le jugement prononcé par le pape , dans une question qu'elle regardait comme indifférente à la religion et à la morale, était incompatible avec les maximes reçues en France et reconnues par le saint-siége lui-même.

Si Bossuet avait été aussi étonné qu'affligé du bref d'Innocent XI à l'assemblée, c'était moins par les obstacles qu'il pouvait apporter à la conclusion d'un arrangement déjà décidé et consommé , que parce qu'il prévoyait les nouvelles difficultés qu'allait faire naître une autre décision de l'assemblée bien plus importante que l'affaire de la régale.

En effet, dans l'intervalle de trois mois qui s'était écoulé entre la lettre adressée au pape et le bref dont nous venons de parler , l'assemblée de 1682 avait proclamé les quatre articles de sa déclaration sur la puissance ecclésiastique.

Bossuet fut chargé de rédiger cette déclaration. Il s'attacha à la fonder sur les principes qu'il avait exposés dans le discours d'ouverture. Ce fut le 19 mars 1682 , que l'assemblée du clergé fit cette célèbre déclaration. Les quatre articles qu'elle proclame sont presque entièrement composés des propres paroles répandues dans les écrits des Pères de l'Église , dans les canons des conciles, et dans les lettres mêmes des souverains

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Pontifes. Dès le préambule, Bossuet manifeste clairement son intention et sa pensée ; on voit dans quel esprit il a conçu , rédigé et présenté cette déclaration.

Cette déclaration fut signée par les trente-quatre archevêques et évêques et par les trente-quatre députés ecclésiastiques qui composaient l'assemblée. Sur l'observation de M. Brias, archevêque de Cambrai, observation qui fut consignée au procès-verbal, l'assemblée reconnut qu'elle ne s'était proposé, dans les quatre articles, que de manifester l'opinion de l'Église de France sur la puissance ecclésiastique , sans avoir prétendu rédiger une profession de foi qui dût être commune à tous les catholiques.

Quatre jours après , le 23 mars 1682 , fut rendu un édit du roi pour donner force de loi à la déclaration du clergé.

L'assemblée crut devoir adresser une lettre à tous les évêques de France, pour leur demander leur approbation et leur adhésion aux quatre articles. L'évêque de Tournai , chargé de rédiger cette lettre , y déclara formellement « que l'heureux succès de l'assemblée doit être surtout attribué à l'éloquence et à l'érudition avec laquelle M. l'évêque de Meaux avait rappelé tous les cœurs et tous les esprits à l'union entre eux et au maintien de l'unité de l'Église. »

Louis XIV , satisfait d'avoir terminé l'affaire de

la régale , et rassuré par les maximes que le clergé venait de proclamer, prit la résolution de séparer l'assemblée ; ses séances furent interrompues depuis le 9 mai jusqu'au 23 juin, jour où l'assemblée entendit la lecture de la lettre du roi , qui prorogeait indéfiniment sa session.

Louis XIV porta même les égards pour le saintsiége jusqu'à faire entendre dans cette circonstance, qu'il ne jugeait pas à propos qu'on rendit public et qu'on imprimât le procès-verbal de l'assemblée de 1682.

Innocent XI ne s'expliqua pas d'abord sur la déclaration du clergé de France , et son silence permettait de croire qu'il voulait éviter de rompre ouvertement avec le roi et avec l'Église da France. Mais ces espérances ne tardèrent pas à s'évanouir. Innocent XI n'osa pas , il est vrai , condamner les quatre articles, il se borna à encourager et à récompenser les écrivains qui se dévouèrent à combattre l'assemblée de 1682-, et pour manifester davantage son mécontentement , il refusa des bulles aux ecclésiastiques qui avaient été membres de l'assemblée de 1682 , et que le roi avait nommés à des évêchés. Louis XIV, blessé de ce refus , ne voulut pas à son tour que les autres ecclésiastiques nommés aux évêchés, reçussent les bulles que Rome consentait à leur accorder. Les choses restèrent en cet état pendant tout le pontificat d'Innocent XI et celui d'Alexandre VIII ,

de sorte que plus d'un tiers des évêchés de France se trouvaient privés de pasteurs institués canoniquement.

Enfin , sous le pontificat d'Innocent XII , il s'établit entre la cour de France et celle de Rome une longue et difficile négociation , qui se termina par une entière réconciliation , à la suite d'une lettre que Louis XIV écrivit au pape , et qui fut le sceau de l'accommodement entre le saint -siège et le clergé de France.

L'affaire de la régale et la déclaration sur la puissance ecclésiastique n'étaient pas les seuls objets qui avaient occupé l'attention et excité le zèle de Bossuet dans la mémorable assemblée de 1682. Il provoqua aussi la condamnation des casuistes qui corrompaient la morale chrétienne par des raffinements et des subtilités absolument opposés à la sainteté et à la simplicité de l'Évangile. II avait fait un travail très-étendu sur cette matière ; une commission du clergé avait examiné et approuvé le plan de Bossuet ; le rapport était sur le point d'être fait, et la censure allait être portée , lorsque l'assemblée reçut ordre de se séparer le 29 juin 1682. Mais nous verrons Bossuet reprendre ce grand ouvrage au bout de dix-huit ans , et le conduire à sa perfection dans l'assemblée de 1700.

Avant de se séparer, l'assemblée de 1682 donna à Bossuet l'honorable satisfaction d'approuver avec éloge son livre de Y Exposition de la Foi

catholique. Ce fut dans cette occasion que M. de Harlay, qui jusque alors lui avait refusé son approbation , se vit en quelque sorte forcé par le vœu de l'assemblée , à rendre cet hommage tardif au mérite d'un tel ouvrage.

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