LIVRE DIXIÈME. If
faro ^ dont Tauteur de la Dissertation avoit fait usage , ce religieux disoit : « Quil n^'avoit pas ob- » sen'é dans le tribunal de la -pénitence , que les » riches qui vont a la comédie , fussent plus su- » jets aux grands crimes, que les pauvres qui n'y » vont pas.
» Mais ne sentez-vous pas, re'pond Bossuet, » qu'il y a des choses qui , sans avoir des effets » marque's, laissent dans les âmes de secrètes dis- » positions au mal; qui ne laissent pas d'être mau- » vaises, quoique leur malignité ne se déclare )> pas toujours d'abord ? tout ce qui nourrit les » passions est de ce genre. On n'y trouveroit que » trop de matière à la confession, si on cherchoit » eu soi-même la cause du mal. »
Il faudroit donc fuir dans les déserts, disoit l'auteur de la Dissertation, si on vouloit e\'iler tout ce qui peut représenter les passions aussi vi^ vement quon le reproche à la comédie ^ on ne peut faire un pas , on ne peut lire un livre , on ne peut entrer dans une église, enfin , on ne peut vivre dans le monde , sans rencontrer mille objets capables d'exciter les passions.
« Quoi! dit Bossuet, parce que l'homme esc )) environné de tentations, est-ce une raison pour » inventer de nouvelles tentations , et pour s'y » exposer? tous les objets qui se présentent à nos x> yeux peuvent exciter nos passions; est-ce une » raison pour se préparer des objets exquis , et » recherchés avec soin pour les exciter , et les » rendre encore plus agréables en les voilant avec » art? ne devroit-on pas plutôt en conclure que , » puisqu'il y a dans le monde tant de périls iné~ » vitables, il ne faut pas chercher à les multi-