LIVRE DIXIEME. 3l
terne de the'ologie ne dégénérât, contre le vœu et Ja pensée de Fénélon lui-même , en une sorte de déisme mystique qui pouvoit conduire des hommes moins vertueux au déisme philosophique.
Bossuet voyoit très-loin, parce qu'il voyoit de très-haut. L'homme qui avoit vu toutes les sectes séparées de l'Eglise romaine courir amsocinianisme un siècle avant qu'elles y fussent arrivées ^ l'homme qui avoit prédit en 1G89 que le principe de la souveraineté du peuple renverseroil les monarchies les plus florissantes, et ébranleroit les fondemens de tous les gouvernemens, n'étoit pas m.oins en droit de craindre qu'un système religieux qui feroit consister la perfection à ne considérer Dieu que sous des rapports abstraits, en le séparant par la pensée des préceptes qu'il a transmis, des devoirs qu'il a commandés, des promesses et des menaces qu'il a annoncées-, ne conduisît rapidement à l'idillérence de toutes les religions.
La juste opinion que Bossuet avoit de la piété, des vertus et des talens de Fénélon, devoit encore plus l'effrayer que le rassurer.
Si la doctrine si dure et si révoltante de Luther et de Calvin , qui anéantissait la liberté dans l'homme ^ le dépouilloit du mérite de ses bonnes œuvres , déclaroit formellement Dieu auteur du péché ^el enseignoit quU avoit créé des hommes pour les damner; si une telle doctrine , prêchée par des hommes dont le caractère moral prétoit à de justes reproches , avoit cependant trouvé tant de partisans, et amené le sdiisme le plus funeste à l'Eglise, que n'avoit-on pas à redouter d'un système éblouissant, où l'homme reuonçoil à son propre bonheui', pour ne voir daus Dieu que Dieu
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seul , sans aucun retour sur lui-même , et consentoit à lui sacrifier toutes ses affections dans cette vie et toutes ses espérances dans l'autre.
Le même égarement d'imagination qui portoit des hommes vertueux à renoncer aux prix de la venu , pouvoit conduire de grands coupables à méconnoître ou à braver les peines du crime; et qui sait si Bossuet ne voyoit pas dans l'avenir le dogme des châtimens mis en problème^ comme une conséquence de l'opinion qui permettoit d'aimer Dieu sans espoir de récompense.
Mais en écartant cette analogie, peut-être trop rigoureuse, il résultoit au moins du livre des Maximes des saints un système de doctrine propre à égarer les âmes passionnées, à nourrir en elles une sécurité trompeuse sur la pureté de leurs intentions, et d'autant plus dangereux, qu'il étoit présenté par l'homme de son siècle qui réunissoit le plus de candeur dans l'expression de ses sentimens, le plus de séduction dans son langage et dans les brillans prestiges de son imagination, et qui prêtoit à ses erreurs mêmes l'ornement de ses vertus.
Et quand on se rappelle que l'auteur d'une doctrine qui ne paroissoit inspirée que par le sentiment le plus pur et le plus sublime , étoit l'instituteur de l'héritier du trône et l'oracle de tout ce que la Cour avoit de plus vertueux, il est facile de concevoir toute la force qu'un tel appui pouvoit donner à une secte naissante.
C'est ce qui explique et justifie en même temps la véhémence avec laquelle Bossuet combattit des erreurs qui lui parurent d'un si grand danger.
On comprend aisément que la controverse du