‹ Histoire de Bossuet, eveque de Meaux (volume 2)Chapitre 113 sur 154 · LIVRE DIXIEME. 2l · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIEME. 2l

Quiétisme j considérée sous ce point de vue,étoil digne d'exercer son génie, et digne d'attirer l'attention du siècle où elle a été agitée ; c'est par cette raison que les contemporains de Bossuet et de Fénélon , en s'affligeant de voir ces deux grands hommes porter dans leurs démêlés un sentiment trop passionné, ne cessèrent jamais de les environner l'un et l'autre de leur respect , de leur amour et de leur estime. Les sentimens purent être partagés sur leurs procédés; mais Bossuet a fini par réunir toutes les opinions sur la justice de la cause qu'il défendoit. ''

Il n'en a pas été de même dans le siècle qui a suivi celui de Louis XIV. Presque tous les écrivains qui ont parlé de cette controverse ont mêlé à leurs récits toutes leurs petites passions, et tous leurs préjugés d'opinion et de parti.

Les uns , dans la vue d'afToiblir l'autorité de Bossuet, se sont plu à lui supposer les sentimens et les motifs les plus opposés à la grandeur de son ame et à l'élévation de son caractère. Ils ont trouvé un secret plaisir à ajouter de l'amertume à la vivacité de ses procédés et de ses expressions ; ils ont cru sans doute pouvoir se soustraire à l'autorité de ses jugeinens,en représentant le plus habile défenseur de la religion comme un ennemi passionné, envieux des succès et de l'éclat de Fénélon.

Quelques autres, irrités d'avoir vu Fénélon se déclarer hautement contre des opinions qui leur étoient chères, ont voulu rabaisser ses talens^et accuser ses intentions. Ils ont donné à l'un des hommes les plus vertueux qui aient honoré l'humanité, des vues d'ambition et d'intrigue, que l'histoire de sa vie entière a démenties et qui lui

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auroient prescrit la conduite directement oppose'e à celle qu'il a suivie , s'il eût pu être inspiré par un sentiment aussi me'prisable.

Les esprits le'gers et superficiels n*ont voulu voir dans la controverse du Quiétisme c^xx vinc dispute de mots sur des questions inintelligibles; dans les démêlés de Bossuet et de Fénélon , qu'une rivalité de gloire et de succès entre des hommes d'un grand talent ; et dans les pieuses extravagances de madame Guyon, qu'un sujet de ridicule.

Ce u*est ni avec cette légèreté, ni avec cet esprit de parti, qu'il est permis de parler des discordes et des combats de deux hommes tels que Bossuet et Fénélon. L'historien doit chercher à s'associer en quelque sorte à la dignité de ces grands personnages par la dignité de son langage et la sage réserve de ses réflexions.

Vn. — Bossuet est forcé de prendre part à cette controverse-

Il est certain que lorsque Bossuet commença à prendre connoissance des ouvrages de madame Guyon, il n'apportoit aucune prévention contre sa personne^ ni contre sa doctrine. A peine avoit-il entendu prononcer son nom. Peut-être avoit-il entendu parler de ses singularités et des persécutions dont elle avoit été l'objet; mais il étoit plus disposé à la plaindre et à s'intéresser à son sort par l'estime qu'elle avoit su inspirer aux amis respectables qu'elle s'étoit faits à la Cour, qu'à se placer au nombre de ses adversaires et de ses détracteurs. Le suiVrage de Fénélon , des ducs de Beauvilliers et de Chevreuse, et la protection de madame de Maintenon dévoient cUe naturellement d'un grand

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