LIVRE DiXiKME. Lî I
poids pour Bossuct. On ctoit encore si éloigne de lui supposer la plus le'gère malveillance; il étoit lui-même si peu porté à intervenir dans ces discussions, que ce furent les amis mêmes de madame Guyon qui re'clamèrent l'autorité' de son jugement, et que ce ne fut pas sans peine qu'ils triomphèrent de sa re'pugnance à prendre connoissance de ses écrits.
Madame Guyon réunissoit beaucoup d*esprit, de qualite's et de vertus à beaucoup de travers. C'est ce qui explique comment une femme, dont les idées singulières éloient plus faites pour éloigner que pour attirer la confiance, étoit parvenue à s'introduire dans la société intime de madame de Maiutenon et du ducdeBeauviiliers, les deux personnes du monde que la sagesse de leur esprit et la rectitude habituelle de leurs idées dévoient le plus préserver de toute espèce d'illusions.
Nous n'en dirons peut-être pas autant de Féné- Ion, que la vivacité de son imagination , une piété tendre et affectueuse, et le désir exagéré d'une perfection plus qu'humaine, pouvoient rendre plus accessible à des maximes et à un langage qui s'accordoient avec celui de tous les auteurs mystiques , dont il s'étoit nourri dès sa jeunesse.
Ce ne fut pas sans peine que l'évcque de Chartres, justement alarmé des singularités que la doctrine de M°*^ Guyon et quelques écrits de Fénélon avoient introduites à Saint'Cyr, parvint à désabuser M™^ de Maintenon des préventions favorables que lui avoit inspirées M'^'' Guyon, et à combattre le sentiment qui la ramenoit toujours à Fénélon.
Des notes manuscriies de l'abbé Fleury nous BossxjET. m. lo
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apprennent «qu'un jour l'ëvéque de Cliarlre», » fort alarmé, vint dire à M""^ de Maintenon qu'il )) ne falloit pas s'étonner s'il y avoit à Saint-Cvr 3) de la division ; qu'il y couroit des livres perni- » cieux, entr'autres,/e Moyen court. M™*^ de Main- » tenon le tira de sa poche en riant, lui deman- » dant si c'étoit celui-là , et soutenant qu'il étoit 5> fort bon. » L'abbé Fleury ajoute « depuis deux y> ans, M""" de Maintenon le portoit toujours sur »> elle. y>
Cependant l'éloignement de Tévéque de Chartres pour cette nouvelle doctrine fit une juste impression sur M'^^de Maintenon; et elle crut devoir consulter les théologiens les plus vertueux et les plus éclairés du clergé de Paris , tels que le père î^ourdaloue, M. Tiberge , M. Brisacier, M. Joly et jM. Tronson. Tous ces théologiens s'expliquèrent sévèrement contre le livre et la doctrine de ma- <lame Guyon. M. Tronson , par égard peut-être pour Fénélon, exprima son improbation sous une forme moins absolue, « («) et c'est alors, écrit 3) l'abbé Fleury, que M°*^ de Maintenon commença » à se refroidir pour M. l'abbé de Fénélon, et use 3) méfier de ses maximes de spiritualité. »
Le duc de Chevreuse, de concert probablement avec Fénélon, vint alors proposer à Bossuet de se charger lui-même d'examiner la doctrine et les écrits de 31""^ Guyon. Bossuet eut beaucoup de peine à se rendre à cette invitation ; cependant un ;5entimcnt de déférence pour le duc de Chevreuse, et le désir peut-être de connoître les mystères de cette nouvelle spiritualité, qui commençoit à attirer l'attention publique , triomphèrent de sa ré- W iVbte^ nfanuscrites de fabbé Fleury.