LIVRE DIXIÈME. '21 Ç
pugnance. M'""^ Guyon livra à Bossuet tous ses papiers et même sa f' ie manuscrite avec un abandoa de confiance, qu'elle n'avoit pas eu pour Fe'nélon lui-même.
Bossuet fut aussi étonné gue scandalisé de cet amas d'extravagances, d'illusions et de puérilités, dont elle avoit rempli toutes les pages de ses manuscrits. Cependant, comme une telle confiance pouvoit paroître un témoignage non équivoque de sa bonne foi, il se montra pour elle aussi indulgent qu'éclairé. Il ne se borna pas à lui donner des conseils, dont il eut été à désirer qu'elle eût fait ua meilleur usage. Il eut avec elle une conférence de sept heures en présence du duc de Chevreuse. « («) Aidée par lui , elle parvint à le satisfaire sur )» tous les points, à l'exception du pur amour ^ » M. de Meaux ne voulant point admettre l'amour w de Dieu pour lui-même sans aucun rapport à » notre béatitude, mais seulement qu'une ame » pouvoit être assez parfaite pour trouver son » bonheur dans la considération du bonheur de » Dieu. »
Bossuet avoit été peut-être moins étonné des illusions de madame Guyon , que de la confiance que ces illusions avoient pu inspirer à des esprits aussi éclairés, à des hommes d'un mérite aussi supérieur que Fe'nélon , les ducs de Beauvilliers et de Chevreuse, et à M""^ de Maintenoa ellemême.
Quelque conformité que Bossuet crut apercevoir entre les opinions de M"^*' Guyon et celles de Moîinos, il étoit bien loin de lui attribuer la même perversité de principes et la même dépravation
\'*) Notes manuscrites de f abbé Flcury.
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de sentimens. La piéié de Fëiiélon, celle des ducs de Beauvilliers et de Chevreuse lui paroissoietit des garans suilisans de la pureté et de la droiture de ses intentions.
Lorsque M™^ Guyon fit la faute irréparable de sortir toul-à'Coup du silence et de l'obscurité dans laquelle Bossuet l'avoit exhortée à se tenir toujours renfermée, et qu'elle eut obtenu des commissaires pour l'examen de sa doctrine et de ses écrits, il se trouva naturellement à la tête de cette commission. «Par là, érrit l'abbé Fleury, M. de » Meaux rentra en commerce avec M""' de Main- » tenon, qui éloit aliénée de lui depuis quelques 9 années. »