‹ Histoire de Bossuet, eveque de Meaux (volume 2)Chapitre 116 sur 154 · VIII. 1— Conférences d'Issy · texte numérisé non relu

VIII. 1— Conférences d'Issy

Pendant ces conférences (d'Issy) Fénélon crut s'apercevoir que Bossuet lui monlroit une réserve et une sorte de méfiance à laquelle il éloit loin de s'attendre. Les droits d'une ancienne amitié et i'empressement qu'il avoit mis à inviter M."** Guyon à s'abandonner entièrement à ses conseils et à lui livrer tous les secrets de sa conscience y et même tous les rêves de son imagination, lui avoient fait espérer de la part de Bossuet un retour d'intérêt qu'il s'affligea de ne pas retrouver dans l'homme qui jusqu'alors lui avoit servi de père , de guide et d'oracle dans la science de la religion.

Pendant le cours de ces conférences , Fénélon lui écrivit les lettres les plus humbles et les plus soumises, qui annonçoient la disposition sincère où il étoit d'adhérer à toutes ses décisions.

« Vous savez, écrivoit Fénélon à Bossuet, avec » quelle confiance je me suis livré à vous, et ap*

TJVRE DIXIEME. ?.':>- 1

» pliqiié sans relâche à ne vous laisser rien ignorer » de mes sentimens les plus forts ; il iic me reste w toujours qu'à obéir; car ce n'est pas l'homme, ni » le très-grand docteur que je regarde en vous, » c'est Dieu. Quand même vous vous tromperiez, î) une obéissance simple et droite ne se tromperoit » pas; et je ne compte pour rien de me tromper » en le faisant avec droiture et simplicité sous la » main de ceux qui ont autorité dans l'Eglise. 9 Encore une fois , Monseigneur , si peu que vous » doutiez de ma docilité sans réserve , essayez-la » sans m'épargner. Quoique vous ayez l'esprit » plus éclairé qu'un autre , je prie Dieu qu'il vous ■>•> ôte tout votre esprit, et qu'il ne vous laisse que » le sien. »

Bossuet n'avoit cru devoir répondre à aucune des lettres de Fénélon. Occupé jusqu'alors de travaux plus importans pour la religion, presque tous les auteurs mystiques, à l'exception de saint François de Sales et de sainte Thérèse, lui étoient inconnus. Engagé malgré lui dans l'examen des livres de M.™^ Guyon , il vouloit étudier cette matière avec attention; et il s'étoit interdit de rien écrire dans un sens, ou dans un autre, dont on piit tirer avantage, jusqu'à ce qu'il se jugeât fondé à s'expliquer avec la conviction nécessaire pour donner à son opinion toute l'autorité qu'elle devoit avoir.

L'article principal sur lequel rénélou provoquoit sa décision, étoit celui de X Amour désintéressé.

L'Eglise n'avoit encore prononcé aucun jugement sur cette question, et quoique Bossuet ne goùlât point ce sentiment, il étoit arrêté par l'exemple et l'autorité de plusieurs Pères ^ de

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quelques saints dont l'Eglise a canonise' les vertus, et crun grand nombre de théologiens qui s'étoient montre's favorables à la doctrine du pur amour. -

C'est ce que l'on croit reconnoître dans une letlrc («) de Féuëlon à Bossuet lui-même. « Qiioiî) que mon opinion sur l^ amour pur et sans intérêt » propre ne soit pas conforme à votre opinion y> particulière , vous ne laissez pas de permettra 3) un sentiment qui est Je plus commun dans toutes j) les écoles j et qui est manifestement celui des » auteurs que je cite. »

Pendant les conférences d^Issy^ Fënc'lon avoit ete' nomme à l'archevêché' de Cambrai ; (^) et il fut alors admis à ces confe'rences. On sait comment elles se terminèrent. On présenta à Fénélon ^re/i^e articles à signer. Il répondit « (c) quil étoit prêt cl y* les souscrire par déférence , parce quil les 'Si croyoil véritables; quil les trouvoit seulement » insujjisans pour lever certaines équivoques. Au » bout de deux jours on lui communiqua l'addi- » tion de quatre articles qu'on intercala avec 'es » trente déjà proposés, et il déclara que dès ce mo- » ment il étoit prêt à les signer de son sang. »

Parmi ces articles, le xxxni^ ('}, l'un de ceux

(^) Du 28 juillet 1694? OEui^res de Bossuet, tom. xl, p. 101, édit. de Vers. m-S". — C") Le 8 février 1695. — ip) Re'jj'onse à la Relatiofi du Quie'tisme.

(0 « On peut aussi inspirer aux âmes pieuses et vraiment » humbles une soumLssion et un consentement à la volonté » de Dieu, quand même par une très-fausse supposition, au 3) lieu des biens éternels qu'il a promis aux justes , il les lien- 3) droit par son bon plaisir dans des tourmens éternels, sans M néaumoios qu'elles soient privées de sa grâce et de sou

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