LIVRE DIXIÈME. 23l
î) sentiment. M. de Cambrai , me dit-Il un jour avec » e'motion, n'avoit qu'à m'indiquer seulement ce » qu'il improuvoit dans cet ouvrage; j'y aurois vo- » lontiers changé plusieurs choses pour avoir l'ap- » probation d'un homme comme lui. »
Le cardinal de ^Noailles alloit encore plus loin. Sincèrement attaché à Fénélon , il prévoyoit avec douleur toutes les suites fâcheuses du démêlé prêt à éclater entre l'archevêque de Cambrai et i'évêque de Meaux j il fit long -temps tout ce qui étoit en son pouvoir pour les prévenir, et Bossuet rapportoit : « («) Que d'abord la prévention de M. de )) Noailles alloit jusqu'à lui proposer de supprimer » son Instruction sur les Etats cVoraison , qu'on » achevoit d'imprimer lentement au commence- » ment de 1697 ; à quoi M. de Meaux n'avoit pu » consentir pour la considération de l'importance » de la matière, si nécessaire alors dans le besoin » pressant de l'Eglise : que pour le publier, il n^a- » voit besoin de personne ^ et qu'il étoit résolu de le r> faire* »
Fénélon n'étoit parvenu à faire agréer à M™^ de Maintenon , au cardinal de Noailles et à l'évêque de Chartres son refus d'approuver l'ouvrage de Bossuet, qu'en prenant l'engagement de s'expliquer lui-même d'une manière assez exacte et assez satisfaisante pour ne laisser aucun nuage sur la pureté de sa doctrine.
Cet engagement, si l'on en juge par l'événement, fut la cause malheureuse de toutes les coi.troverses qui s'agitèrent depuis entre Bossuet et Fénélon avec un éclat si affligeant.
Cependant Fénélon paroît avoir été convaincu i^] Mis. de Ledieii.
*i32 HISTOIRE DE BOS^JUET,
de si bonne foi qu'il n'existoit aucune cliffe'rencé essentielle d'opinion entre Bossuet et lui, qu'il ëcrivoitù M™*= de Maintenon : « On ne doit pas crain- » dre que je contredise M. l'éveque de Meaux. » J'airaerois mieux mourir , que de donner au pu- » blic une scène si scandaleuse. Je ne parlerai de » lui que pour le louer et que pour me servir de » ses paroles. Je sais parfaitement ses pensées , et » je puis répondre qu'il sera content de mon ou- » vragc, quand il le verra avec le public. »
On doit même convenir que Fénélon paroît avoir rempli tout ce que le devoir et la sagesse lui prescrivoient , pour ne rien exprimer dans l'exposé de ses sentimens, qui ne fût conforme à la doctrine de l'Eglise. Il soumit l'examen du jnajiiiscrit de son ouvrage au cardinal de Noailles et à ses théologiens («); à ]M. Pirot, particulièrement attaché à Bossuet , et qui étoit le censeur habituel de tous les ouvrages de doctrine j à M. Tronson, généralement estimé pour sa vertu, sa sagesse et son expérience dans les matières de spiritualité.
Se confiant en l'approbation verbale que ces différens tliéologiens avoient paru donner à son ouvrage, Fénélon partit pour Cambrai, et se reposa sur le duc de Chevreuse, son ami, dn soin de le faire imprimer.