LIVRE DlXlIiME. 23j
(3e le présenter au Roi au nom de Fénéloû , qui étoit encore dans son diocèse.
Il ëloit assez naturel que Bossuet portât dans Texamen de cet ouvrage l'attenlion la plus sévère. Quoique Fénelon eût de'claré qu'il n'avoil refusé son approbation au livre de M. de Meaux , qu*à cause de l'atteinte qu'il paroissoit porter à la réputation de M™^ Guvon , dont il estimoit la vertu et la piété, Bossuet se croyoit fondé à penser que la conformité des opinions étoit le véritable motif de son refus.
Ce fut dans cette disposition qu'il lut le livre des Maximes des saints. Les rêveries de M°'^ Guvon n'avoient excité que sa pilié; les principes de Fénelon alarmèrent sa religion.
Le livre des Maximes des saints étoit un ouvrage dogmatique. Le nom- le camclè:'" et la re'putation de son auteur pouvoieut lui donner une grande autorité. Plus Fénélon avoit apporté d'atîenlioii à écarter tout ce que la doctrine de Molinos avoit d'odieux et de révoltant , plus les maximes qu'il en avoit conservées , quelque adoucies qu'elles parussent, pouvoient avoir des couséquences dangereuses par la piété même dont elles étoient empreintes.
Bossuet resta encore deux jours à Versailles après avoir reçu le livre de l'archevêque de Cambrai , sans voir personne , sans en parler à personne , pour éviter de prévenir le jugement du public.
« (^) Il revint ensuite à Paris ; il persista encore » quinze jours entiers dans le même silence à l'e- » gard du Roi et de tous ses meilleurs amis , et
C ) Mts. de Ledieu.
^34 RlsTOïRE DE BOSSUET ,
i> affecta de demeurer à Paris , lisant cependant » le livre avec une grande attention. Dès les pre- » mières lectures, il en avoit chargé les marges de » coups de crayon, aux mêmes endroits qu'il en » a depuis repris avec lant déraison. J'écrivoissous » lui , continue l'abbé Ledieu, quatre ou cinq ma* )) tinées, deux heures chaque séance, l'extrait de« » propositions citées par pages et par lignes avec » les raisons sommaires de réfutation. C'est le pre* î) mier essai et le fondement de tous les écrits de « M. de Meaux qui ont suivi depuis. »
Pendant cette espèce de retraite de Bossuet à Paris, M. de Poiitchartrain , depuis chancelier de France, alors ministre et secrétaire d'état, crut devoir parler au Roi de la réclamation qui s'élevoit de toutes parts contre le livre des Maximes des SCcirliSé
L'archevêque de Rheims,plus emporté danà ses manières et dans ses sentimens (0, remplissoit Versailles de ses déclamations contre le li\>re et contre l'auteur , pour lequel il avoit autant d'éloignement, qu'il avoit d'estime et de vénération pour Bossuet.
Louis XI V^ ignoroit tout ce qui s'étoit passé depuis les conférences d'Issy. M™"" de Maintenon avoit cru devoir lui en faire un mystère , dans l'espérance qu'elle avoit toujours conservée de voir les évéques qui avoient le plus de part à sa confiance, finir par se concilier et s'entendre. Ce prince, dans l'étonnement où il étoit d'apprendre
(») « M. de Klieims fit un grand t'-clat^ il avoit une grande î) passion d\Hre chargé de poursuivre la censure de M. de » Cambrai, avec lequel d'ailleurs il ne gardoit aucune me- 3} sure. » IUls, de Ledieu.