‹ Histoire de Bossuet, eveque de Meaux (volume 2)Chapitre 125 sur 154 · LIVRE dixiÈmk · texte numérisé non relu

LIVRE dixiÈmk

que le précepteur àe ses petits-fils proiessoil une doctrine dangereuse , dut elre encore plus effrayé, lorsque Bossuet, dont l'opinion devoit faire tant d'impression sur son esprit , « (") vint lui demander » pardon de ne lui avoir pas révélé plus tôt le » FANATISME de son confrère. »

11 faut ici plaindre le grand homme , qui a pu laisser e'cliapper une si terrible expression contre un confrère respectable par tant de vertus. Pouvoit-ou accuser de fanatisme un archevêque qui avoit e'té le premier à soumettre sa doctrine à l'autorité du saint Siège, et à promettre l'obéissance la plus entière à son jugement ? Un livre que l'auteur avoit présenté avec confiance à l'exaiiien du cardinal de ]Xoailles et de ses théologiens, et qui avoit reçu les plus grands éloges du théologien de Bossuet lui même ( M. Pirot ) , pouvoitil mériter une telle qualification avant même d'avoir été jugé et condamné par l'autorité suprême.

Cependant Fénélon, averti du déchaînem.ent que la publication de son livre avoit excité àParis et à la Cour , étoit revenu de Cambrai à Versailles.

Il ne pouvoit s'expliquer à lui-même comment un ouvrage qu'il avoit soumis à l'examen des censeurs les moins suspects de prévention pour lui , étoit tout-à-coup eu butte aux plus violentes contradictions.

Mais avec un peu moins de prévention pour ses propres idées^ ou un peu moins de déférence pour le duc de Cbevreuse son ami , il auroit pu observer que la sç.v\e proposition (0 insérée sans sa

(") Réponse de Fénélon à la Relation du Quiétisme.

(0 Cette proposiiion, la xnie parmi les xxiii qui furent

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ticipation dans son ouvrage, avoit du paroitre aa public une erreur pernicieuse ; que cette proposition n'avoit point été approuvée par les théologiens du cardinal de Noailles ^ et que cette seule considération auroit dû sufîlre pour l'inviter à supprimer cette édition de son livre , et désavouer hautement une erreur dont le duc de Chevreuse seul éloit coupable.

Tandis que l'opinion pubh'que s*expliquoit d'une manière aussi éclatante contre le livre des Blaximes des saints ^ Bossuet publia, au mois de mars 1697, ^^'^ Instruction sur les Etats d'oraison^ environ six semaines après que l'ouvrage de Fénélon eut paru. II étoit revêtu de l'approbation du cardinal de Noailies et de l'évéque de Chartres.

XIII. — Bossuet publie son Instruction sur les Etats d'oraison. Mars 1697.

On put prévoir dès-lors par la manière dont furent accueillis dans le public l'ouvrage de Bossuet

condamnées, portoit : La partie inférieure de Je'sus-Christ sur la croix , ne coinniuniquoil pas à la supérieure son trouble involontaire. Fénélon a toujours désavoué et condamné cette proposition. Il a toujours protesté cprcUe ne se trouvo;t qu^à la marge de son manuscrit, et non dans le corps du texte original^ qu'il ne Favoit même placée à la marge, que parce qu'elle de voit donner lieu à ujie addition qu'il se proposoit de faire pour une plus grande prêt aiition , et que le duc de Clievreuse , chargé en son absence de diriger l'impression de son livre , l'avoit fait insérer dans le texte même de son ouvrage, par une mt-pvise involontaire. Cest ce que Fénélon a constamment déclaré, et qu'il a même consigné dans son testament , long - temps après la condamnation de son livre, et son adliésion au jugement qui le coudamuoit.

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et celui de Fenélon , quelle seroit Tissue du grand combat qu'ils eloient prêts à se livrer.

Bossuet avoit suivi dans l'élude des voies intérieures , connues sous le nom des Etals d'oraison y une marche absolument diirércnte de celle qui avoit égare Fenélon^ et cette marche étoit bien plus sure.

Fénélon , se'duit par l'attrait d'un système de perfection qui éblouissoit son imagination , avoit concentré toutes ses études sur cette matière dans les auteurs mystiques.

Bossuet, au contraire, avoit observé que cette doctrine si raffinée sur la spiritualité , n'étoit qu'une science moderne , qui ne remontoit qu'à quatre ou cinq cents ansj qu'elle avoit été inconnue à presque tous les anciens Pères de l'Eglise, et aux siècles qui les avoient immédiatement suivis; qu'elle ne pouvoit en conséquence constituer la véritable perfection chrétienne, enseignée par Jésus-Christ, transmise par les apôtres, consacrée par les Pères, recommandée par l'Eglise.

Il s'étoit attaché à remonter aux véritables sources de toute doctrine, l'Ecriture et la tradition. Il s'avoit que c'étoit à elles seules qu'on devoit tout ramener en religion et en théologie ; que tout ce qui s'en écarte dans l'expression , ne peut recevoir une interprétation favorable; que lorsque la bonne foi et une disposition siiicère à se soumettre au jugement de l'Eglise permettent de rectifier l'inexactitude des expressions par la vérité non équivoque des senti mens et des inten^ lions ; mais que tout ce qui est évidemment contraire à l'Ecriture , à la tradition et à l'esprit du

û3S HISTOIRE DE BOSSUET,

christianisme , doit être hautement proscrit et condamné.

Fénélon , trop porte' peut-être par le genre àe son esprit , aux abstractions me'taphysiques , dont on retrouve si souvent le langage et les formes dans son système de spiritualité , avoit oublié que la simplicité de la religion chrétienne résiste u tous les raffinemens dont la subtilité est inaccessible à la plus grande partie des hommes , et que le christianisme , en plaçant l'espérance au nombre de ses vertus fondamentales, invite non -seulement tous les Chrétiens à attendre leur bonheur éternel de la bonté divine, mais leur prescrit de le désirer pour eux-mêmes , et pour se conformer à l'ordre des desseins de Dieu.

Il sentit lui-même, dans la suite de ses discussi<)ns avec l'évêque de Chartres, que son système paroissoit au moins porter quelque atteinte à l^'espérance chrétienne ; et il essaya d'étayer cette partie chancelante de son édifice mystique par des distinctions très-subtiles sur les motifs et les objets spécifiques de V espérance ; mais la nécessité ou il se vit d'avoir recours à ces efforts d'esprit et d'imagination , auroit dû l'avertir qu'il étoit aussi inutile que dangereux de transformer des commandemens positifs prescrits à tous les Chrétiens en des précisions métaphysiques, et d'enseigner comme le beau idéal de la perfection chrétienne un état^ auquel il n'a peut-être été donné à personne d'arriver pendant le cours de cette vie mortelle et passagère.

- L'ouvrage de Bossuet et celui de Fénélon n'étoient pas moins opposés pour la forme que pour le fond.

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