LIVRE DIXIEME. 2i»J
Et (lëJaignant les vaines imputations qu'on afVectoit (le rëpandre sur ses motifs cl sur ses procèdes , Bossuet dit avec une noble lier lé ;
« Quant à ceux qui ne peuvent se persuader » que le zèle de défendre la vérité soit pur et sans » vue humaine, ni qu'elle soit assez belle pour » l'exciter toute seule, ne nous fâchons point contre » eux. ]Nc croyons pas qu'ils nous jugent par une ■» mauvaise volonté* et après tout, comme dit )) saint Augustin, cessons de nous étonner qu ils » imputent à des hommes des défauts humains. » Bossuet n'ignoroit pas que son opinion, si fortement prononcée contre la charité' désintéressée j pouvoit blesser le sentiment de quelques personnes estimables , qui aimoient à nourrir leur piété des plus sublimes idées de la perfection chrétienne, et qui, sans partager les opinions dangereuses des Quiétistes modernes j auroient vu avec peine qu'on eût dévoué au mépris les auteurs mystiques approuvés dans l'Eglise.
11 savoit également que, parmi les corps réguliers, il eu étoit qui n'auroient jamais consenti qu'on eut porté la plus légère atteinte à la doctrine de sainte Thérèse, et du bienheureux Jea?i. de la Croix. C^ fut pour dissiper leurs inquiétudes qu'il composa son traité Mystici in tuto (^) , où il professoit le plus grand respect pour les maximes de la bonne cl saine spiritualité.
Un motif du même genre l'invita à rassurer les scolastiques , qui se refusoient a admettre la partie de sa doctrine où on lui reprochoit de confondre le motif spécifique de Vespérance avec celui de la charité. Ce fut l'objet de son traité Schola (") QL'uyrçs de BessucT, lonj. x.xiX; p. 93 et suiv- iàid.
in tuto (û) , OÙ il établit que les tlie'ologiens de l'Ecole pensent absolument comme lui, sur l'espérance et la charité ; qu'aucun d'eux n'exclut de V amour pur le motif de la récompense , et qu'ils enseignent au contraire que les suppositions impossibles de Moise et de saint Paul, que l'arclievéque de Cambrai faisoit tant valoir en sa faveur, n'excluoient jamais le désir de la béatitude.
Enfin, dans son Quielismus redivivus (^), Bossuet se propose de démontrer que la doctrine de M"*'' Guyon et des Quiétistes modernes avoit une entière analogie avec les erreurs de IMolinos , si récemment proscrites par le saint Siège, et que le livre des Maximes des saints ^ et même V Instruction pastorale de l'archevêque de Cambrai , du i5 septembre 1697, n'en étoient qu'une apologie déguisée, et conduisoient aux mêmes conséquences. A ces trois traités, Bossuet en joignit un quatrième intitulé : Quœstiuncula de actibus a chariiate imperalis (c). C'étoit un précis des erreurs de Fénélon sur les actions faites par le motif de la d.arité.
Il composa ces différens écrits en latin , parce qu'ils étoient principalement destinés à l'instruction des cardinaux, des prélats et des examinateurs chargés par le Pape d'émettre leur opinion sur le livre des Maximes des saints.
XYI. — Apologies de Fénélon.
Mais à peine Bossuet faisoit-il paroître un écrit, que Fénélon s'ellorçoit d'en détruire tout l'effet par les réponses les plus spécieuses. 11 sembloit re-
(* OEuvr. de Bossuet , t<jm. xxix, p. 907 etsuiv. ihid. — (*) Ibid. p. 3f)3. — s,Cj Ibid. p. 3bi et ôiiiy.