‹ Histoire de Bossuet, eveque de Meaux (volume 2)Chapitre 131 sur 154 · LIVRE DIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIEME

prendre dans ses apologies la faveur que l'ouvrage qu'il dofendoit lui avoit fait perdre. Autant le livre des Maximes des saints e'toit sec et obscur dans un grand nombre de ses propositions, autant les explications que Fënélon présentoit, paroissoient claires, favorables et satisfaisantes. Il adoucissoit avec beaucoup d'art tout ce qui avoit d'abord efïaroucbé les théologiens exacts et attentifs. Il atténuoit la hardiesse de ses principes par des modifications qui rentroient dans le cercle de ces opinions pieuses et de celte édifiante spiritualité , que l'Eglise a autorisées et admirées dans un grand nombre de saints. Le style simple , facile et élégant de Fénélon , contribuoit à répandre une grande clarté sur des questions qui en paroissoient peu susceptibles j et les lecteurs de toutes les classes se sentoient flattés en quelque sorte d'être initiés à un langage et à des mystères qui avoient été juscju'alors renfermés dans le sanctuaire de la plus sublime piété. On finissoit par se persuader que si Fénélon s'étoit mépris dans les expressions de son li^'re , c'étoit dans ses apologies qu'il falloit aller chercher les véritables pensées de son esprit et les sentimens si purs de son cœur.

Tel fut le sujet de quatre lettres qu'il adressa k Bossuet, et qui donnèrent pendant quelque temps une nouvelle direction à l'opinion publique.

Il paroît que Bossuet ne s'étoit pas attendu à rencontrer dans Fénélon un adversaire qui osât lutter contre lui sur une controverse de théologie, en présence de toute la France et de toute l'Europe; il a même laissé apercevoir son étonnement, lorsqu'il a écrit : a Que ses partisans (de Fénélon) » cessent de vanter sou bel esprit et sou éloquence.

Ii58 HlStOlRE Dt BOSSUÈt,

» On lui accorde sans peine quil a fait une vi- » goureuse et opiniâtre défense. Qui lui conteste » Vespritl il en a jusquafaire peur ^ et son mal- » heur est de s" être chargé d^ une cause oit il en faut » tant. »

Il est facile en effet d'observer dans sa Réponse à quatre lettres («) de Fe'nelon , qu'il se crut obligé de déployer avec une nouvelle vigueur tous les ressorts de l'éloquence et de la logique , pour vaincre Ta résistance inattendue qu'on lui opposoit.

Cette Réponse est un chef-d'œuvre de raison, de force et de génie. Elle montre toute la hauteur de l'ame de Bossuet, et toute la fierté de son caractère. On voit qu'armé de toute la supériorité que lui donnoient tant degloire^ de triompheset de services rendus à l'EgHse et à la rehgion, il se croit en droit de se montrer sé\^ère et inflexible , parce qiiil doit l'être , et de s'affranchir des vaines coin^ plaisances du monde. C'est de ce ton qu'il parle à Fénélon ;

« (^) Je le dis avec douleur, Dieu le saitj vous avez » voulu raffiner sur la piété j vous n'avez trouvé » digne de vous que Dieu, beau en soi. La bonté ^) par laquelle il descend à nous, \0'js a paru un 5) objet peu convenable aux parfaits. Sous le nom » d'amour pur^ vous avez établi le désespoir comme » le plus parfait des sacrifices.

» C'est du moins de celte erreur qu'on vous ac-

» cuse Et vous venez me dire ; Prouvez-moi

» que je suis un insensé^ prouvez-moi que je suis

(") Méponse Je Iff. de Meaux à quatre Lettres de M. de Cambrai j OEuvr. de Bossuet, lom. xxix, p. 3, éd. de Versi.i-8o. — C*) Ibid. p. 7 .

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