LIVRE DIXIÈME
» de mauvaise foi; sinon ma seule re'putation me » met à couvert. Non, Monseigneur, Ja vérité ne » le souflVe pas; vous serez en votre cœur ce que » vous voudrez; mais nous ne pouvons vous juger » que par vos paroles. »
Fe'nélon , en ne faisant qu'obe'ir au sentiment habituel de son caractère et de son langage, savoit metlre plus d'art que Bossuet dans ses procéde's, et se donner tous les avantages qu'une sensibilité touchante et une verlueuse résignation assurent presque toujours à ceux que l'autorité paroît opprimer.
Bossuet, au contraire , avec son fier dédain ;70wr les mollesses du monde et ses vaines complaisances j paroissoit quelquefois abuser de sa supériorité , et vouloir arracher par la seule force de son génie, une victoire qu^il auroit également obtenue du mérite de la cause qu'il défendoit; et s'élcvant audessus de tous les frivoles ménagemens, il disoit à Fénélon :
« («) Vous vous plaignez de la force de mes çx* » pressions! il s'agit de dogmes nouveaux qu'on » voit introduire dans l'Eglise, sous prétexte de » piété, dans la bouche d'un archevêque. Si en » efïet il est vrai que ces dogmes renouvellent les » erreurs de Moliiios ^ sera-t-il permis de le taire. ^ » Voilà pourtant ce que le monde appelle excessif^ » aigre , rigoureux , emporté , si vous le voulez. Il » voudi oit qu'on laissât passer doucement un dogme » naissant , et sans l'appeler de son nom, sans ex- » citer l'horreur des fidèles par des paroles qui ne » soiit rudes que parce qu'elles sont propres^ et qui
'«"i Pidpon^ Je M. de Meaux à quatre Lettres de M. cf© Cambrai j ibid. p- ^S.
260 HISTOIRE DE liOSSrET,
w ne sont employées qu'à cause que l'expressloîi » est ne'cessaire
» Si l'auteur de ces nouveaux dogmes les cache, >) les enveloppe, les mitigé, si vous voulez, par ■» certains endroits, et par là ne fait autre chose » que les rendre plus coulans, plus insinuans , plus » dangereux , faudra-t-il par des Liense'anccs du » monde , les laisser glisser sous l'herbe , et relâcher î) la sainte rigueur du langage théologique? Si j'ai » fait autre chose que cela , qu'on me le montre; ^> si c'est là ce que J'ai fait , Dieu sera mon protec- » teur contre les mollesses du monde et ses vaines » complaisances.»
C'est ainsi que Bossuet répondoit au public.
Il répondoit avec la même énergie aux amis de Fénélon.
« («) Les amis de M. de Cambrai n'ont à dire autre » chose , sinon que Je lui suis trop rigoureux. Mais V si je moîlissois dans une querelle où il y va dei » toute la religion y ou si j'affectois des délicatesses, » on ne m'entendroit pas et je trahirois la cause » que je dois défendre. »
Malgré toute la chaleur et toute l'activité que Bossue t et Fénélon mettoient dans leur attaque et leur défense^ malgré les instances pressantes do Louis XIV, pour engager le Pape à accélérer son jugement, Rome procédoit avec sa lenteur accoutumée; et rien u'annonçoit encore un jugement prochain; rien ne laissoit même entrevoir si ce jugement condamneroit , ou absoudroit l'archevêque de Cambrai. On croyoit seulement s'apercevoir que les apologies et les explications de Fénélon pa-
'"!> Bcponse de 3/. de Meaux à quatre Lettres de M. de Cunihnii; iôid.