‹ Histoire de Bossuet, eveque de Meaux (volume 2)Chapitre 134 sur 154 · LIVRE DIXIÈME. 2t · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME. 2t

» OÙ placera- t-oti celte jalousie qu'on nous » impute sans preuve? Et s'il faut se justifier sur » une si basse passion, de quoi étoit-on jaloux » dans le nouveau livre de cet archevêque ? Lui » envioit-on l'honneur de défendre et de peindre » de belles couleurs M""^ Giiyon et Molinos ? Por- » toit-on envie au style ambigu d'un livre , ou » au crédit c[u'il donnoit à son auteur , dont au » contraire il ensevelissoit toute la gloire? J'ai » honte pour les amis de M. de Cambrai , qui font » profession de piété, et qui cependant ne laissent î> pas sans fondement d'avoir répandu partout , » même à B.ome , qu'un certain intérêt m.'a fait

» agir Quelque fortes que soient les raisons ,

» que je pourrois alléguer pour ma défense, Dieu » ne me met point d'autre réponse dans le cœur, » sinon que les défenseurs de la vérité' ^ s^ils doi- ■» vent être purs de tout intérêt , ne doii^ent pas » moins être au-dessus de la crainte quoîi leur » impute d^être intéressés.

» Au reste, je veux bien qu'on croie que l'iulé- » rêt m'a poussé contre ce //vre, s'il n'y a rien » de répréhensible dans sa doctrine, ni rien qui » soit favorable a la femme dont il falloit que i'il- » lusion fût révélée. Dieu a voulu qu'on me mît » entre les mains, malgré moi, les livres qui en » font foi. Dieu a voulu que l'Eglise ait eu en la » personne d'unévéqueun témoin vivant de cette «séduction. Ce nestqua l'extrémité que je la » découvre , quand V erreur suK'eu^le elle-même ?) jusqu'au point de me forcer a déclarer tout ; » quand , non contente de paroître vouloir trioni- » phery elle insulte; quand Dieu découvre d'ail^ V leurs tant de choses au on tenoit cachées.

^G/}. niSTOIRE DE BOSSUET,

» Je me garde bien d'imputer à M. l'archevêque » de Cambrai autre dessein que celui qui est dë- » couvert par des écrits de sa main , par son livre , » par ses réponses et par la suite des faits avérés. » C'en est assez et trop d'être un protecteur si » déclaré de celle qui prédit et qui se propose la T) séduction de l'univers. Si l'on dit que c'est trop » parler contre une femme dont l'égarement >) semble aller jusqu'à la folie, je le veux, si cette » folie n'est pas un pur fanatisme; si l'esprit de » séduction n'agit pas dans cette femme j si cette » Priscille ii^a pas trouvé son Montan pour la dé- )) fendre, »

Ce n'est qu'avec douleur que nous rapportons ces dernières expressions de Bossuet. Elles firent trop de bruit dans le temps pour pouvoir être dissimulées. Elles donnèrent à Fénélon un avantage dont il sut profiter pour repousser avec la plus noble dignité une imputation si outrageante.' Bossuet sentit lui-même l'inconvenance de son langage, et il s'efforça, autant qu'il le put, de donner à cette odieuse comparaison une interprétation aussi favorable que pouvoit le permettre la nature d'une accusation qu'il n'étoit plus en son pouvoir d'effacer, ni de faire oublier.

« Si cependant , continue Bossuet , les foibles » se scandalisent, si les libertins s'élèvent, si l'on » dit , sans examiner la source du mal , que les » querelles des évêques sont implacables ; il est » vrai, si on sait l'entendre, qu'elles le sont en » effet sur le point de la doctrine révélée. C'est » la preuve de la vérité de notre religion et de la » di^'ine i^évélation qui nous guide ^ que les ques- » lions sur la foi soient toujours inaccomrnoda-

Î.IVRE DIXJLME. -aiGv

» lies. Nous poiwons tout souffrir; mais nous ne » pou^'ons souffrir quon biaise ^ pour peu que ce » soit sur les principes de la religion.

» Nous souhaitons et nous espérons rie voir » bientôt M. l'archevêque de Cambrai reconnottr^ >> du moins l'inutilité de ses spéculations^ Il /^V- » toit pas digne de lui , du caractère quil porte » du personnage quilfaisoit dans le monde ^ de w sa réputation , de son esprit , de défendre les » livres et les dogmes d'une femme de cette sorte,

» Pour les interprétations qu'il a inventées il » n'a qu'à se souvenir d'être demeuré d'accord » qu'il n'en trouve rien dans l'Ecriture. Il n'en » cite aucun passage pour ses nouv-eaux dogmes. » II nomme les Pères et quelques auteurs eccléî) siasliques , qu'il tâche de traîner à lui par des » conséquences, mais où il ne trouve ni son sacriti fice absolu y ni ses simples acquiescemens ni » ses contemplations ^ d^ oii Jésus-Christ est absent » par état ; ni ses tentations extraordinaires aux- » quelles il faut succomber.... , ni tant d'autres » propositions que nous avons relevées dans son. » livre. Elles sont les fruits d'une vaine dialecti- » que, d'une métaphysique outrée, de la fausse » philosophie que saint Paul a condamnée. Tous » les jours nous entendons ses meilleurs amis le » plaindre d'avoir étalé son érudition et exercé » son éloquence sur des sujets si peu solides. Avec » ses abstractions fie voit-il pas que bien éloigne' » de mieux faire y il ne fait que dessécher les » cœurs, en affoiblissant les motifs capables de

» les attendrir , ou de les enflammer. Nous

» exhortons M. de Cambrai à occuper sa plume » éloquente et son esprit inventif à des sujets plus

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» dignes de lui. Qu'il pre'vienne, il est temps en- )) core, le jugement de l'Eglise. L'Eglise romaine » aime à être prévenue de cette sorte; et comme » dans les sentences qu'elle prononce , elle veut » toujours être précédée par la tradition, on peut ~» en un certain'sens l'écouter avant qu'elle parle. »

Piien ne peut être comparé à l'effet prodigieux que la Relation de Bossuet fit sur tous les esprits. Elle parut dans le moment où les inculpations les plus graves étoient portées contre M"'^ Guyon , et où des apparences trompeuses sembloient leur donner quelque consistance ; dans le temps où la haine envenimée de l'abbé Bossuet propageoit à Rome les soupçons les plus odieux sur Féuélon lui-même , et où la disgrâce récente de ses parens et de ses amis les plus chers laissoit dans la douleur et la consternation tout ce qui lui étoit attaché par l'affection la plus tendre.

Il faut dire que ce fut là le moment où Fénélon inontra le plus beau et le plus grand caractère, lorsque s'élevant au-dessus de ces viles rumeurs, indignes d'atteindre cette ame noble et pure , et écartant toutes les considérations pusillanimes qui auroient pu lui faire craindre de voir la main de Louis XI V^ s'appesantir avec encore plus de rigueur sur le seul ami qui lui restoit à la Cour , on le vit braver Bossuet triomphant, et le forcer à descendre à de nouveaux combats.

Cette révolution subite dans la nature de leurs controverses rendit encore plus animée la lutte de ces deux illustres adversaires , et répandit dans leurs écrits une chaleur et une éloquence qu'oa admire encore aujourd'hui malgré l'éloignement des temps. La Relation de Bossuet avoit changé

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