LIVRE DIXIÈMI
une question de doctrine en une question de faits; et la Réponse de Fénélon à cette Belalion et aux Remarques de Bossuet sur sa Réponse avoient transporté le combat sur un nouveau champ de bataille et devant un bien plus grand nombre de juges. Ce qui e'tonnoit encore plus le pul)!ic, c'étoit la rapidité avec laquelle Fénélon répoudoit aux nouvelles attaques de Bossuet. A peine Bossuct publioit-il un écrit, que la réponse de Fénélon arrivoit presque en même temps que l'accusation. Cette rapidité parut si inexpliqiiable à l'abbé Bossuet , qu'il se persuada \^) que de Cambrai Fénélon avoit corrompu les secrétaires de son oncle à Paris, pour en obtenir communication de ses écrits à mesure qu'il les composoit : soupçon bien digne du caractère que l'abbé Bossuet montre dans toute sa correspondance.
Cette époque de la controverse du Quiétisme fut sans doute la plus affligeante. Nous nous bornerons à rapporter les expressions si mesurées du chancelier d'Aguesseau^ juge impartial des démêlés de deux grands hommes qu'il aimoit et qu'il estimoit.
« (*) Le scandale fut moins grand, tant que ces )) deux illustres adversaires ne combattirent que » sur le fond de la doctrine, et l'on pouvoit le « regarder comme un mal nécessaire. Mais la » scène devint plus triste pour les gens de bien, » lorsqu'ils s'attaquèrent mutuellement sur les faits, » et qu'ils publièrent des relations contraires , dans » lesquelles l'un et l'autre ne surent peut-être pas » assez se garantir d'un excès de véhémence et » même d'amertume. »
(") Mts. de Ledieu. — (*) Mémoires du chancelier d'Aguesseau, tom. xii.
Il etoit difficile que rinlérèt de cette controverse pût se soutenir au degré de chaleur où l'avoit porté la Relation de Bossuet et les réponses de Fénélon. Aussi l'attention publique commença à se refroidir, et devint presqu'iudiflerente à quelques écrits que, publièrent encore les deux adversaires.
Tous les regards étoient tournés vers Piome, qui faisoit attendre depuis si long-temps un jugement que toutes les parties provoquoient avec la même impatience , et que les instances de Louis XIV tendoient en vain à accélérer.
On trouve dans la Relation du Quiétisme de l'abbé Phelipeaux le récit fidèle des dispositions de la Cour de Rome , des discussions agitées dans les congrégations des cardinaux , des incertitudes du Pape, de sa répugnance à condamner Fénélon , des derniers elïorts qu'il tenta pour échapper à la nécessité de prononcer un jugement en se bornant à de simples canons sur les caractères de la vraie et de la Jhusse spiritualité; de tous les ménagemens enfin par lesquels il voulut adoucir, par un sentiment d'estime et de tendresse pour Fénélon , la rigueur d'une sentence néceS" saire; nous ne pourrions que répéter des faits déjà connus , et sur lesquels tout le monde s'accorde également.
X\ m. — Mémoire de Louis XIV au Pape.
C'est à l'occasion de ce projet de canons , que Louis XIV adressa au pape Innocent XII le me- ??iOzre fulminant que Pou trouve au tome xm des OEuvres de Bossuet.
Ce mémoire est peut-être le monument le plus affligeant de cette controverse. Kous l'avons lap-