LIVRE nUITlÈ^IE
que de la haine des factieux et de l'ambition de ses rivaux.
« (a) Ne sait-on pas , dit Bossuet , qu'il falloit sou- » vent s'opposer aux inclinations du cardinal? Deux » fois en grand politique, ce judicieux favori sut » céder au temps , et s'éloigner de la Cour ; mais il » faut le dire , toujours il y vouloit revenir trop tôt. î) Le 7^e///ers'opposoit à ses impatiences jusqu'à ?c » rendre suspect; et sans craindre ni ses envieux , » ni les défiances d'un ministre également soup- » çonneux et ennuyé de son état, il alloit d'un pas
» intrépide où la raison d'Etat le déterminoit
» // savoit, crime irrémissible dans les Cours, » quon écoutait des propositions contre lui-même; » et peut-être sa place eut éié donnée , si on eût » pu la remplir d'un liomme aussi sûr. Les uns 5) donnoient au cardinal des espérances trompeuses^ » les autres lui inspiroient de vaines terreurs; et » s'empressant beaucoup , ils faisoient les zélés et » les importans. Le Tellier lui montroitla vérité, » quoique souvent importune; et industrieux à se » cacher dans les actions éclatantes , il en renvoyoit » la gloire au premier ministre, sans craindre eu » même temps de se charger des refus que i'mtérét >î de l'Etat rendoit nécessaires. C'est ainsi qu'en » méprisant par raison la haine de ceux dont il lui w falloit combattre les prétentions, il en acqué- » roit l'estime, souvent même l'amitié et la con- » fiance. »
Dans ces temps de faction et d'anarchie , sa vie fut souvent même menacée, « (^) et il connoissoit » de ces fiers courages dont la force malheureuse
(") Oraison funèbre du chauççlier h TellUrj ihid. p. 4^9 «t suiY. — {^) Ibid. p. 468.
34 HISTOIRE DE ECSSTJET,
» et V esprit extrême ose tout , et sait trouver des » exécuteurs, »
A ces temps orageux succèdent ie calme et le retour de Tordre; et Bossuet peint avec des couleurs aussi nobles et aussi brillantes, mais plus douces^, l'autorité' royale rétablie dans tous ses droits et le cardinal Mazarin triomphant de la mort même, après avoir triomphé de ses ennemis.
« («) Paris et tout le royaume, avec un fidèle et «admirable empressement, reconnoît son roi )) gardé par la Pro'^idence et réservé à ses grands y> ouvrages. Le zèle des parlemens , que de tristes •» expériences avaient éclairés, est inébranlable. « Les pertes de l'Etat sont réparées , le cardinal » fait une paix avantageuse; au plus haut point de » sa gloire , sa joie est troublée par la triste appa- » rition de la morl;intrépide.^il domine jusqu^entre » ses bras et au milieu de son ondjrc. Il semble qu^il » ait entrepris de montrer à toute t Europe que sa •ù faveur attaquée par tant d'endroits , est si haute-' » ment établie ^. que tout devient foihle conti t elle , » jusqua une mort prochaine et lente. Il meurt » avec cette triste consolation: et nous voyons corn- » mencer ces belles années dont on ne peut assez V admirer le cours glorieux. >>
Bossuet n'est pas moins profond ni moins attachant lorsqu'il représente le chancelier le Tellier exerçant les fonctions paisibles de chef de la justice et de premier magistrat d'un grand empire , que lorsqu'il l'a montré ferme et habile au milieu des troubles des guerres civiles. Il a su placer jusque dans une oraison funèbre ^ le tableau le plus pio liant et malheureusement le plus fidèle de ces au-
tO Oraison funibrc du diaûcel.ier le Tellier j ibid, p, 49.Ï.