LIVRE IIUITIKME
veilles de l'art, qu'il se plaisoit à cultiver son esprit dans le commerce et l'entretien des hommes de ge'nie qu'il y avoit attires, ou qui venoient l'y chercher. C'etoit dans le calme de ce doux loisir, dont on ne connoÎL jamais autant le charme q«e lorsqu'il succède aux agitations d'une vie que l'ambition, les passions et la gloire ont tourmentée, qu'il se livroit à la me'ditation de ces grandes vérités religieuses, dont le tumulte des camps et le mouvement du monde lui avoient fait perdre la trace , sans les avoir jamais entièrement eli'acées de son esprit. Le grand Conde l'a déclaré lui-mume en mourant : « («) /e n ai jamais douté des mystères » de la reli gion^ quoi cju" 011 ait dit. Chrétiens, vous » devez l'en croire; dans Vétat oit il est , il ne doit » plus rien au monde que la vérité. » C'est Bossuet qui parle.
« {^) On voyoit le grand Conde à Chantilli comme )) à la tète des armées, sans envie , sans faste, sans » ostentation, toujours grand dans l'action et dans » le repos; on le voyoit s'entretenant avec ses » amis dans ces superbes allées, au bruit de ces » eaux jaillissantes qui ne se taisoient ni jour ni » nuit; c'étoit toujours le mèrne homme, et sa » gloire le suivoit partout. Qu'il est beau , après » les combats et le tumulte des armes, de savoir î) encore goûter ces vertus paisibles et cette gloire ï> tranquille qu'on n'a point à partager avec le sol- » dat, non plus qu'avec la fortune, où tout charme » et rien n'éblouit , qu'on regarde sans être étourdi » par le son des trompettes, ni par le bruit des » canons , ni par les cris des blessés ; où l'homme
(") Oraison funèbre dvi grand Co^dé; OEwr. de Boss. tom. xvn , p. 5Go, édit. de Vers. m-S". — \.^) Ibid. p. Sdq.
4^ HTSTOIP.E Dt: BOSSUET,
» paroîl tout seul aussi grand , aussi respecte que » lorsqu'il donne des ordres, et que tout marche à » sa parole. »
C'étoit dans cet a?ile d'un grand homme, qu*un autre grand homme venoit souvent goûter les douceurs de Tamitie' et les faciles plaisirs de ces entretiens, dont la religion , la philosophie et les lettres e'toient l'ine'puisable sujet.
En voyant Bossuet et le grand Go^'DÉ se promener au bruit de ces fontaines, à Tombre de ces arbres antiques qui avoient vu tant de héros de tous les âges oublier leur propre gloire, pour s'entretenir des embellissemens de leur retraite, se disputer le mérite d'y apporter le plus de goût et d'affec^ lion , on sent combien la véritable gloire est supérieure à cette petite ambition des âmes vulgaires, qui ne savent ni connoître, ni apprécier la véritable grandeur.
En parcourant les papiers de Bossuet, nous avons trouvé une lettre écrite de la main du grand CoNDÉ. Elle peint avec tant de naïveté la simplicité de leurs goûts et de leurs relations, que nous sommes convaincus qu'on ne la lira pas sans intérêt.
Cliantilli, 19 sopteiubre i685.
« («) Je suis ravi que vous soyez content de mon » fontainier. Quand on ne peut pas rendre de grands » services à ses amis, on est ravi au moins de leur ï> en pouvoir rendre de petits ; et comme il ny a » personne , si je l'ose dire, que j'aime mieux que » vous y et que je suis assez malheureux pour na- » voir plus d'occasion de vous rendre des services » considérables j je suis ravi d'avoir quelque occa"
i") L.ettre du grand Cokdé à Bossuet.