LIVRE HUITIEME
») sio?i défaire quelque chose qui vous puisse faire » un peu de plaisir. Gardez-le donc tant quil vous » sera un peu utile , et îiayez aucun scrupule là- » dessus. Je suis ravi de la résolulion que vous avez » prise de travailler sans relâche à achever votre » ouvrage («). J'ai une extrême impatience de le ï> voir, étant persuadé qu*il sera très-utile et ad- » mirablement beau.
» Je ne fais pas état d'aller à la Cour , que lors- » qu'elle reviendra à Versailles. Je ne doute pas » que vous n'y veniez en ce temps - là , et que » nous ny ayons des conversations qui me sont si » utiles et si agréables.
» Mes neveux sont traités fort honnêtement ^ » mais fort froidement. Il faudra que leur bonne » conduite achève de réparer leurs fautes. Je suis » de tout mon cœur pour vous tel que je dois; je » vous conjure de n'eu pas douter. »
Louis de Bourbon.
En lisant cette lettre , on ne peut s'empécher de sourire; mais ce sourire est celui de l'admiration. Il ne s'agit à la vérité que d'un fontainier, que le grand Condé envoie à Bossuet; mais c'est ce monument de simplicité et de familiarité entre de tels hommes qui en fait la grandeur. On aime à les voir sensibles à des plaisirs et à des distractions qui sont à portée de tous les hommes; et on observe avec satisfaction que la véritable grandeur peut s'allier avec des amusemens purs et innocens qui appartiennent à tous les états et à toutes les conditions. On se repose en quelque sorte de
C") L'Histoire des VaiiaUom.
BossufiT. ni. 3
5o HTSTOIRS-DE BOSSUET,
radmiralioii qu'ils inspirent pour jouir de leur bonhomie.
Mais au milieu de ces de'tails si vulgaires , on est frappé de la ve'nération et de la tendre affection du grand Conde pour Bossuet. « // n^y a personne , )) si je l'ose dire , que j'aime mieux que vous. » Cette déclaration si simple et si franche, ne pouvoit venir que du cœur. Les princes et les grands s'expriment ordinairement dans un langage plus flatteur et moins vrai.
On voit avec une sorte de peine, dans cette lettre, le grand Condé, à la fin d'une carrière si glorieuse , condamné à gémir sur la disgrâce de ses neveux, soupirer dans l'attente d'un regard plus favorable de Louis XIV sur ces jeunes princes, et incertain d'obtenir cette foible consolation avant de mourir.
Il s'agissoit des deux princes de Conti ; l'aîné des deux frères , qui avoit épousé la fille de Louis XIV et de M""'' de la Valliëre^ mourut le \'i novembre i685, quelques semaines après la date de cette lettre.
Le prince de la Roclie-sur-Yon son frère, prit alors le titre de prince de Conti. C'est lui que tous les mémoires du temps, et le duc de Saint- Simon en particulier, ont peint sous des couleurs si aimables. Il mourut en 1709, sans avoir jamais pu recouvrer la bienveillance de Louis XI V"^, \\\ parvenir au commandement des armées, où ses talens et le vœu public sembloient l'appeler. Les deux frères avoient eu l'abbé Fieury pour instituteur.
Ce n'étoit qu'avec Bossuet , ce n'étoit même qu'avec une extrême réserve ; que le grand Copîde