‹ Histoire de Bossuet, eveque de Meaux (volume 2)Chapitre 25 sur 154 · LIVRE HUITIEME. 5l · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIEME. 5l

osf)it s'épanclier sur ce sujet délicat. Cependant peu de inomens avant sa mort, ce prince reçut de Louis XIV l'assurance, ou plutôt l'espérance d'un sentiment moins inflexible. Car son cœur resta toujours fermé au jeune prince de Conli , qui n'en obtint jamais que les égards dus à sou rang, et la fareur d'approcher un peu plus souvent de sa personne. Bossuet a su ramener tous ces détails avec beaucoup d'art et de mesure dans l'oraison funèbre du grand Condé.

Louis XIV parut sentir avec regret la perte du grand Condé. Ce prince avoit quitté subitement Chantilli le 6 novembre 1686. Malgré sa foiblesse et ses infirmités 5 il étoit accouru avec empressement k Fontainebleau, pour donner lui -même des soins à M™^ la duchesse de Bourbon sa petite-fille, malade de la petite vérole. Ce fut là qu'il mourut, le 1 1 décembre i68ô , après avoir vu les approches de la mort avec le calme d'un sage et la piété d'un Chrétien.

Louis XIV voulut honorer la mort d'un prince qui av^oit eu tant d'éclat pendant sa vie , par toute la magnificence dont une pompe funèbre peut €tre susceptible. Il ordonna un service public à Notre-Dame. Tous les évêques et toutes les compagnies souveraines eurent ordre d'y assister, et Bossuet fut choisi pour prononcer V oraison funèbre. Ce triste honneur lui appartenoit à des litres encore plus chers et plus sacrés, que ceux, de la supériorité du génie et du talent.

L'architecture, les ornemcns, les inscriptions <piidécoroient le catafalque du grand CondÉ furent très-van lés dans le temps. Les inscriptions étoieht du père Ménétrier^ jésuite, qui avoit uii talent par-

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ticulierpour ce genre de composition. Il falîoit que cette magnificence eût quelque chose d'extraordinaire et d'inusité, puisque le Mercure de France se crut obligé d'en donner une description détaillée, et que Bossuet Ta fait entrer comme ornement oratoire dans sa belle péroraison ; elle lui a même inspiré une de ces grandes et belles pensées qui portent toujours ^empreinte de son génie.

IJ oraison funèbre du grand Condé excite encore après plus d'un siècle l'admiration de tous ceux qui la lisent. C'est la première leçon d'éloquence française, par laquelle on essaie le goût et les dispositions des générations naissantes. Elle Tient se graver d'elle-même dans la mémoire des jeunes gens, aussitôt que leur oreille se montre sensible à l'harmonie ; elle fait battre de jeunes cœurs étonnés d'une émotion qu'ils n'avoient point «encore ressentie; elle fait couler les premières larmes que la puissance du génie arrache à des âmes encore neuves. A quelque âge que ce soit, quelque gloire qu'on ait acquise dans la carrière des armes, des lettres , de la magistrature, du barreau, de l'éloquence de la chaire, on se rappelle »vec complaisance l'enthousiasme qu'on éprouva ^ans ses jeunes ans en lisant pour la première fois l'oraison funèbre du grand Condé ; et on aime à tittribuer au sentiment naissant de tant de beautés, l'attrait et le goût qui ont dirigé nos études dans la maturité de l'âge.

Ce que la religion a de plus auguste et de plus sacré , l'histoire de plus imposant , l'éloquence de plus noble et de plus majestueux, la poésie de plus sensible, se trouve réuni dans cette admirable composition j et il faut dire qu'elle est encore pluo

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