‹ Histoire de Bossuet, eveque de Meaux (volume 2)Chapitre 26 sur 154 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

l'ouvrage du cœur de Bossuet, que celui de son ge'nie.

Dèsl'exorde, le génie de Bossuet s'arrête intimide' devant l'ombre du grand Condé. Il semble s'oublier lui-même; il oublie toute sa gloire et tous ses triomphes passes. Une noble modestie est re'pandue dans son maintien et dans son langage; et s'il parle de lui , ce n'est qu'en paroissant craindre de ne pouvoir répondre à la grandeur du sujet qu'il va traiter.

« («) Au moment où j*ouvre la bouche pour » céle'brer la mémoire immortelle de Louis de » Bourbon, prince de Condé, je me sens confondu » et par la grandeur du sujet, et, s'il m est » permis de l'avouer, par l'inutilité du travail. » Quelle partie du monde habitable n'a pas oui » les victoires du prince de Condé et les merveilles » de sa vie? On les raconte partout; le Français » qui les vante, n'apprend rien à l'étranger; et » quoi que je puisse aujourd'hui vous en rappor- » ter, toujours prévenu par vos pensées, j'aurai )) encore à répondre au secret reproche que vous ) me ferez d'être demeuré beaucoup au-dessous. » Nous ne pouvons rieti , foihles orateurs, pour la » gloire des âmes extraordinaires. Le Sage l'a dit ; '> Leurs seules actions les peuvent louer ^ tout autre » louange languit auprès des grands noms , et la » seule simplicité' d^ un récit fidèle pourroit soute^ i> ?iir la gloire du prince de Condé.

» Mais en attendant que l'histoire qui doit ce » récit aux siècles futurs ^ le fasse paroître , il faut )) satisfaire, comme nous pourrons ^diXat. reconnois-

i°) Oraison funèbre du grand Condé 5 OEuvr. de Boss. tom. xyii, p. 45i , édit. de > ers. t/z-S».

54 HISTOIRE DE EOSSUET,

V sance publique et aux ordres du plus grand des

» rois // veut que ma foible voix anime toutes

» ces tristes re-présenlalions et tout cet appareil y> funèbre. Faisons donc cet effort sur notre douy> leur. »

Comme Bossuet paroît encore plus grand, lorsqu'on pensant à tout ce qu'on attend de lui pour la gloire du grand Condé, il se nomniQ foible orateur, et qu'il croit avoir besoin de s'exciter et de s'encourager pour satisfaire, comme il pourra , à îa reconnoissance et à l'attente publique.

Mais en méconnoissant sa propre force , Bossuet connoît toute la force et toute l'autorité de son aninistère. Il déclare « («) qu'il va pousser à bout » la gloire humaine , qu'il va détruire l'idole des » ambitieux ; il veut quelle tombe anéantie devant 2) les autels, »

L'éloge d'un prince qui se montra vainqueur dès qu'il se montra au monde , devoit commencer par l'histoire de ses victoires. Bossuet, déjà courbé sous îe poids de tant de travaux, semble respirer une ardeur guerrière j rien n'est incomparable à la chaleur qui anime ses récits. On voit qu'il est encore plein de l'enthousiasme que dans sa jeunesse âl avoit partagé avec toute la France, enflammée d'admiration pour les victoires du jeune duc d'Enguien. Cet enthousiasme, entretenu depuis vingtcinq ans par un commerce habituel avec le prince qui en étoit l'objet, avoit survécu au progrès des années, et conservé toute sa chaleur première. La mort récente du grand Condé avoit rappelé tous les anciens souvenirs de sa jeunesse; et toutes les voix répétoient les chants de la victoire et les

.(*) Oraison funèbre du grand Condé j ihid. p. 5a 5.

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