‹ Histoire de Bossuet, eveque de Meaux (volume 2)Chapitre 27 sur 154 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

triomphes qui avoient ouvert sa brillante carrière. Le mouvement rapide des paroles de Bossuet , Te'clat des images, le feu qui brille à travers la poussière et la fumée dont le cliamp de bataille est couvert, Tordre au milieu du désordre, deviennent la peinture vive et animée de l'aclivité, de l'impétuosité du génie guerrier du grand Conde'. On croit voir ce jeune héros « («) avec ces illu- » minalions soudaines , avec ces grandes pensées , » avec cet instinct admirable qui lui avoit été » donné pour entraîner la fortune dans ses des- » seins y et forcer les destinées. >» On voit que Bossuet avoit appris du grand Conde lui-même à parler de ses campagnes et de ses victoires j et Bossuet, emporté par la chaleur de ses récits, ne sait plus lui-même s'il a voulu parler « (^) d' A' » lexandre ou du grand Co^de. »

Mais à ce nom d' Alexandre, le pontife de la religion reprend son caractère auguste. Il convient « \p) que si Dieu insphe le courage, il ne donne » pas moins les autres grandes qualités naturelles » et surnaturelles et du cœur et de l'esprit; que » tout part de sa puissante main; que c'est lui qui » envoie du ciel les généreux sentimens, les sages » conseils et toutes les bonnes pensées; mais il » veut que nous sachions distinguer les dons qu'il » abandonne à ses ennemis, de ceux qu'il réserve » à ses serviteurs; c'est la religion, c'est la piété » qui fonde sa prédilection. »

Sans rabaisser la grandeur des héros de l'antiquité , Bossuet montre la supériorité des héros éclairés de la lumière du christianisme , il fait

('') Oraison funèbre du grand CokdÉj ibid, p. 54"- — i!") Ibid. p. 527. — i.0 Ibid. p. 524.

plus, il donne encore plus de gloire à Alexandre et aux Romains, que ne leur en ont jamais donné leurs historiens 5 et par un prodige de l'art, il fait servir leurs trophe'es mêmes à orner le char de triomphe du grand Conde.

« («) Qu'ont-ils voulu , ces hommes rares, sinon î» des louanges, et la gloire que les hommes don- 5> nent ? Peut-être que pour les confondre , Dieu :» refusera cette gloire à leurs vains désirs ? Non , •» il les confond mieux en la leur donnant , et ■» même au-delà de leur attente. Cet Alexandre, » qui ne vouloit que faire du bruit dans le monde , y» y en a fait plus quil nauroit osé espérer. Il "a faut encore quil se trouve dans tous nos pané" )> gyriques , et il semble , par une espèce de fatav lité glorieuse à ce conquérant y qu'aucun prince » ne puisse recevoir de louanges qu Une les partage.

» S'il a fallu trouver quelques re'compenses aux » grandes actions des Romains, Dieu leur en a su » trouver une convenable à leurs mérites , comme » à leurs désirs. // leur doiine pour récompense » V empire du monde comme un présent de nul î> prix. O rois î confondez-vous dans votre grany> deur. Conquérans , ne vantez pas vos victoires. î) // leur donne pour récompense la gloire des » hommes , récompense qui ne vient pas jusquà » eux ; qui s^ efforce de s'attacher ., quoi 7 peut-être 5) a leurs médailles^ ou a leurs statues déterrées^ 5) restes des ans et des barbares ; aux ruines de » leurs monumens et de leurs ouvrages qui dispu- -ù tent avec le temps , ou plutôt à leur idée , à » leur ombre , h ce quon appelle leur nom. Voilà » le digne prix de tant de travaux , et dans le

i'») Oraison funèbre, du grand Cokdéj ibid. p. 55o

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