‹ Histoire de Bossuet, eveque de Meaux (volume 2)Chapitre 28 sur 154 · GRAND PRINCE · texte numérisé non relu

GRAND PRINCE

Bossuet nous montre en effet ce guerrier si terrible à la tête des arme'es , cet aigle qui portoit toujours le tonnerre avec luij orné de vertus plus douces et plus sensibles, ge'nëreux dans la victoire, touche de respect pour le malheur, et portant jusqu'au milieu des champs de carnage cette le'gislation plus humaine que l'esprit du christianisme a introduite dans le code de la guerre.

« («) Loin de nous , s'e'crie Bossuet , les héros t) sans humanité^ ils pourront bien forcer les res- » pects et ravir l'admiration, comme font tous » les objets extraordinaires; mais ils n'auront pas » les cœurs. Lorsque Dieu forma le cœur et les » entrailles de Vhomnie , il y mit premièrement » la bonté , comme le propî^e caractère de la na- » iure divine , et pour être comme la marque de » cette main bienfaisante dont nous sortons. La » bonté devoit donc faire comme le fond de notre » cœur, et devoit être en même temps le premier » attrait que nous aurions en nous-mêmes pour » gagner les autres hommes, La grandeur qui vient » par-dessus , loin d" affoiblir la bonté ^ n est faite » que pour l'aider a se communiquer davantage ^ » comme une fontaine publique quon élève pour » la répandre. Les cœurs sont a ce prix ; et les » grands , dont la bonté nest pas le partage , par » une juste punition de leur dédaigneuse insensi'

(**) Oraison funèhre du giand Cqkdéj ibid. p. 537, 53S.

5o HISTOIRE DE EOSSUET ,

» bilite% demeureront privés éternellement du plus » grand bien de la vie humaine^ c^est-à-dire y des » douceurs de la société'.

» Jamais homme ne les goûta mieux que le » prince dont nous parlons; jamais homme ne crai- » gnoit moins que la famiHarite' blessât le respect. » Est-ce là celui qui forçoit les villes et qui gagnoit » les batailles? Reconnoissez le héros qui, toujours » égal à lui-même, sans se hausser pour paroître » grand, sans s'abaisser pour paroître civil et obli- » géant , se trouve naturellement tout ce qu'il doit jy être envers tous les hommes : comme un fleuve » majestueux et bienfaisant qui porte paisiblement » dans les villes l'abondance qu'il a répandue dans y> les campagnes, en les arrosant j qui se donne à » tout le monde , et ne s^ élève et ne s^ enfle que lorS' » qu'avec violence on s^ oppose à la douce pente » qui le porte à continuer son tranquille cours : » telle a été la douceur^ et telle a été la force du » prince de Condé. »

C'est ainsi que Bossuet , sans trahir la vérité, sans tromper la juste admiration due à son héros , le montre tel qu'il étoit , doux, aimable, attachant , séduisant dans le commerce habituel de la vie; bouillant et impétueux , lorsque l'injustice et la violence irritoient un naturel prompt à s'enîiammer. Mais depuis son retour en France, le grand Coisde, corrigé par l'âge et l'adversité, de cette habitude de domination qu'il avoit contractée dans le commandement des armées, de cette irritation trop vive, qui avoit souvent fatigué ses cimis, et de la franchise dédaigneuse qu'd avoit affectée envers ses enuemis, ne se moutroit plus

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