‹ Histoire de Bossuet, eveque de Meaux (volume 2)Chapitre 29 sur 154 · LIVRE HUITIÈME. Sq · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME. Sq

âans les derniers temps de sa vie, qu'environné de ses vertus et des souvenirs de sa gloire.

Bossuet avoit un grand écueil ù éviter dans l'e'loge d'un prince qui avoit bravé Tautorilé de son roi jusque dans sa capitale et dans sa Cour, qui avoit porté les armes contre la France , et même conimaudé des armées ennemies. Bossuet ne dissimule aucune des fautes, ou des erreurs du grand CondÉ; il a même la hardiesse de le montrer combattant en présence du Roi les troupes du Roi, sous les murs de la ville royale; uiais il couvre de tant de gloire ce grand attentat, qu'on ne voit plus que les prodiges de la valeur , et qu'on oublie le prince rebelle. Par une adroite intervension de l'ordre des événemens, ce n'est qu'à la suite de cette journée désastreuse qu'il place la victoire de Lens, « («) nomagrèable à la France ». Bossuet va jusqu'à intéresser la fierté de Louis XIV à s'enorgueillir des fautes d'un prince « (^) qui sut » garder son rang à la maison de France , sur )) celle d^ Autriche j jusque dans Bruxelles même. » Enfin , pour achever l'expiation de toutes les erreurs dont l'histoire auroit pu conserver la trace, il montre « C^) cette grande victime se sacrifiant « au lien public , » et s'oubliant elle-même au traité des Pyrénées, pour ne se ressouvenir que de ses amis. C'est alors que Bossuet ne craint p-us de montrer à Louis XIV et à la France dans le grand Co>-DÉ, <( [d) un prince accompli, et avec ce je ne » sais quoi d'achevé que le malheur ajoute aux » grandes vertus. »

On a toujours admiré le magnifique parallèle

(") Oraison funèbre du grand Condé ,' ibid. p. 544. — C^) Ibid. p. 535. — {') Ibid. p. 536. — W /^j^.

6o mStOIRE DE BOSSTIET,'

que Bossuet a fait de Turenne et du grand Conde j <( («) de ces deux hommes que la voix commune » de toute V Europe e'galoit aux plus grands capiî) taines des siècles passés ; de ces deux hommes , y> en qui on vit les mêmes vertus avec des caractères » si divers , pour ne pas dire si contraires. »

C'est précise'ment cet heureux contraste qui cffie à Bossuet le moyen d'être juste envers Turenne, et de l'e'lever au plus haut degré de gloire , en conservant au grand Condé une sorte d'éclat, qui le laisse au premier rang sans que l'ombre de Turenne puisse s'en offenser. Car malgré l'exacte impartialité que Bossuet a voulu, qu'il a cru peutêtre avoir observée, on s'aperçoit aisément que son cœur et son imagination sont pour le grand Condé , et qu'il lui laisse une sorte de prééminence, qu'il craint de s'avouer à lui-même.

L'esprit du siècle où nons vivons portera peutêtre à penser, que le récit des détails religieux de la mort du grand Condé tient une trop grande place dans son oraison funèbre. Mais serons-nous toujours obligés d'avertir nos lecteurs de se transporter dans le siècle où vécurent Bossuet et le grand Condé ? Ces détails si touchans et si sacrés des derniers momens de la vie d'un grand homme éloient alors recueillis avec un intérêt religieux (0. On

(") Oraison funèbre du grand Condé j ibid. p. 546.

{y) Fontenelle, dans ses Eloges, n'avoit à parler que d'hommes distingués dans les sciences , et on n'a peut-être jamais remarqué Fattcntion qu'il met toujours à rendre compte du respect avec lequel ils ont rempli tous les devoirs de la reli,^ioa dans leurs derniers momens. Il est peu de ces éloges où il ne se croie obligé de rendre ce témoignage cdifiaut à la mémoirç de ccu\ qu i] est chargé dv re-

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