LIVRE HUITIEME
r> gloire; qu'il ^émit sur ces titres ^ces înscriptionSy » vaines marques de ce qui nest plus ; sur ces si- » mulacres de la douleur qui semblent pleurer au- » tour d'un tombeau; sur ces fragiles images d^ une » douleur que le temps emporte avec tout le reste; » sur cesfoibles restes de la vie humaine ^ et cette » triste immortalilé qu'on donne aux héros ; » c'est lorsque son ame oppressée succombe sous la pense'e, « que rien ne manque ii ces honneurs ^ que celui « à qui on les rend , w et que dans sa profonde douleur, il brise lui-même a ces colonnes qui semblent » vouloir porter jusqu'au ciel le magnifique tëmoi- » gnage du néant de l'homme : » c'est alors que l'imagination croit voir l'ombre du grand Condé s'élever sur ces pompeux débris, et triompher du temps et de la mort, qui peuvent tout détruire, excepté les vertus que la religion a couronnées.
Quelle majestueuse douleur dut se répandre dans l'ame de tous ceux qui l'écoutoient, lorsqu'on entendit Bossuet appeler d'une voixlamentable toutes les grandeurs de la terre aux funérailles du grand Condé.
« («) Venez, peuples, et vous qui jugez la terre; » et vous qui ouvrez aux hommes les portes du
» ciel Venez, princes et princesses , nobles re-
» jetons de tant de rois , lumières de la France , r> obscurcies maintenant et couvertes de votre dou-
î) leur comme d'un image Approchez en par-
» ticulier , 6 vous qui courez avec tant d'ardeur V dans la carrière de la gloire ! voilà celui qui » vous menoit dans les hasards ; sous lui se sont ri formés tant de renommés capitaines , que ses
S**) Oraison funèbre du graad Coxctj ibid. p. 56i.
» exemples ont élevés aux premiers honneurs de y> la guerre. »
Quelle onction touchante dans les paroles de Bossuet; lorsque levant ses yeux mouille's de larmes, il semble vouloir les essuyer pom- ofifrir aux amis du grand Cojndé les seules consolations qui restent à leur douleur commune. Ce n'est plus la majesté de l'éloquence , c'est l'accent de la plus douce et de la plus vertueuse sensibilité. Il paroît craindre qu'ils n'aient pas méûie la force de remplir ce triste devoir de la religion et de l'amitié :
« («) Et vous, ne viendrez-vous pas a ce triste » monument , vous , dis-je, qu'il a bien voulu mettre » au rang de ses amis? tous ejisemble , en quelque » degré de sa confiance qu il vous ait reçus , envi^ » ronnez ce tombeau; versez des larmes avec des -i) prières; conservez le souvenir d'un héros dont la » bonté avoit égalé le courage. Ainsi puisse- t-il tou- » jours vous être un cher entretien : ainsi , puissiezy> vous profiter de ses vertus ; et que sa mort que » vous déplorez, vous serve à la fois de consolation » et d'exemple. »
On devroit croire que l'éloquence de la douleur ne peut plus rien , lorsqu'elle a déjà laissé une si profonde émotion^ mais il restoit à Bossuet sa propre douleur.
Qu'on se représente, s'-il est possible, le siècle de Louis XIV, encore dans sa splendeur , et tout ce que la France comptoit alors de noms fameux par la grandeur, le génie, la naissance, les dignités, réuni dans le premier temple de la capitale; toutes les livrées de la mort décorées d^'une lugubre magnificence j les sombres voûtes des tombeaux fermées
i!^l Oraison funèbre (Xkx graati Condéj ibid. p. 564-