LIVRE NELVlLME. 'J
Ae retour à Tordre et à la vérité, en contestant à l'Eglise le droit même de le juger. Infidèle à ses ])ropres maximes, il posa un principe éternel du discorde, et ouvrit la porte à tous les genres de fanatisme, en transmettant à chaque particulier un droit qu'il refusoit à l'Eglise entière , celui d'être interprète et juge de la parole de Dieu.
Calvin, encore plus hardi, acheva de détruire ce que Luther avoit conservé. Dans sa sombre haine contre toutes les puissances et toutes les autorités, il s'indigna de voir au-dessus de lui des rois et des papes, des grands et des évéques; et soulevant toutes les passions de la multitude , il transporta la démocratie dans la religion et dans la société politique. Le contraste de son culte et de ses principes de gouvernement avec le culte et les formes de gouvernement qui avoient dominé jusqu'alors, dut nécessairement mettre aux prises toutes les classes de la société les unes avec les autres , et armer toutes les passions et toutes les haines. Son vœu fut rempli; le sang coula dans toute l'Europe, et ses disciples furent si fanatiques par la crainte d'être superstitieux, qu'ils finirent par faire monter sur l'échafaud un roi protestant, pour une légère différence dans les habits et les cérémonies ecclésiastiques.
Comment pouvoir convenir d'un principe commun de décision avec des hommes qui établissoient en principe, que nulle autorité n'avoit droit de juger et de soumettre leurs opinions. Les succès qui avoient couronné leur audace, exaltoient leurs prétentions et leur présomption , et ils parloient de leur foi et de leur doctrine avec une confiance
et une fierté' qu'ils empi untoient du grand nombre de leurs disciples.
Jusqu'à Bossuet, la plus grande partie des controverses agite'es entre les théologiens catholiques et les the'ologiens protestans, n'avoient porté que sur des points particuliers. Bossuet lui-même s'étoit borné à satisfaire les doutes et à résoudre les objections que des Protestans incertains et sin« cères étoient venus soumettre à ses lumières. Son bel ouvrage de V Exposition de la foi catholique û'étoit qu'unesimple apologie du concile de Trente. Les Catholiques se trouvant en possession de la doctrine et de la discipline qu'ils avoient reçues de leurs pères , avoient cru qu'il devoit leur suffire d'en montrer l'exacte conformité avec la doctrine et la discipline de tous les siècles qui les avoient précédés.
Ce système de défense avoit été inspiré par un gentiment estimable de modération; il paroissoit laisser aux Protestans de bonne foi plus de facilité poui' se désabuser des préventions dont on les avoit nourris. Ces préventions s'éloient transmises de génération en génération depuis cent cinquante ans , sans examen et sans discussion. La plupart des Protestans contemporains de Bossuet, ignoroient eux-mêmes l'histoire des motifs , ou des prétextes qui avoient provoqué une séparation si violente , et entraîné tant de calamités. Ils se représentoient leurs premiers réformateurs comme des sages exempts de toutes les passions humaines, uniquement inspirés par l'amour de la vérité et invariablement attachés à la doctrine antique et j)ure des beaux jours du chrislianisme naissant,