‹ Histoire de Bossuet, eveque de Meaux (volume 2)Chapitre 40 sur 154 · LIVRE ^EUVîÈllE · texte numérisé non relu

LIVRE ^EUVîÈllE

bloient triompher de ces délais , dont ils ignoroient les véritables motifs. Ils affectèrent même de re'pandre que Bossuet s'étoit vu dans l'impuissance de réaliser un projet plus séduisant que facile à exécuter.

Mais lorsqu'on a lu V Histoire des variations, oa est, pour ainsi dire, accablé des études et des recherches que suppose un pareil ouvrage. Il exigeoit l'examen le plus attentif et le plus scrupuleux , d*ane multitude d'actes, dont le plus grand nombre n'exisloit que dans les pays étrangers. Bossuet ne se dissimuloit pas qu'il intentoit une accusation grave et solennelle contre toutes les communions protestantes; et qu'il auroit à répondre, non-seulement au public , mais encore à chacune des sectes dont ildénonçoit l'instabilité et les v^ariations. Aussi voit-on par sa correspondance avec M. Obrecht, et un grand nombre d'autres personnes , le soin presque minutieux qu'il apportoit à n'alléguer aucun fait et à ne citer aucun acte, qui ne fut appuyé sur des témoignages authentiques, dont les Protestans eux-mêmes ne pouvoient contester l'autorité.

Bossuet exprime dès la prejuce de son Histoire des variations l'esprit dans lequel il a conçu son travail. C'est là qu'on apprend à ne pas confondre l'impartialité avec l'indifférence. On affecte trop souvent de représenter l'indifférence d'un historien comme un titre , qui semble lui donner plus de droits à la confiance; mais celle indifférence n'est le plus ordinairement qu'un moyen facile et vulgaire de dénaturer le véritable caractère de l'histoire, en enveloppant dans un égal mépris les vérités , qui commandent le respect et la cou-

So lilSTOIRi: DE BOSSUET,

fiance, avec les illusions et les préjuge's que l'esprit de secte et de parti se plaît à entretenir et à propager.

« Pour le fond des choses, on sait bien , dit Bos- » suet («), de quel avis je suis. Car assurément je 3) suis Catholique , aussi soumis qu'aucun autre » aux de'cisions de l'Egalise. Aptes cela, cU aller •» Jaire le neutre et Vindijférent à cause que f écris » une histoire^ ou de dissimuler ce que je suis ^ » quand tout le monde le sait , et que j" en Jais î) gloire y ce seroit Jaire au lecteur une illusion )> trop grossière. Mais av^ec cet aveu sincère , je » maintiens aux Protestans qu'ils ne peuvent me » refuser leur créance, et qu'ils ne liront jamais » une histoire, quelle qu'elle soit, plus indubi- » table que celle-ci, puisque, dans ce que j'ai à » dire contre leurs églises et leurs auteurs, je n'eu » raconterai rien qui ne soit authentique , et » prouve' clairemen par leurs propres te'moi- » gnages. »

Il étoit facile à Bossuet de montrer que les premiers réformateurs, tels que Luther, Mélanchton , Bucer et Calvin , avoient varié dans leurs opinions, et Bossuet produit en effet les témoignages les plus singuliers de leurs variations.

C'est' ainsi que Luther, après avoir posé pour fondement de sa doctrine, « que le libre arbitre 3) étoit tout-ajait éteint dans le genre humain de-

» puis la chute d'Adam Que le libre arbitre

w n étoit quun vain nom Que Dieu Jait en

y> nous le mal comme le bien Que la grande

)) perjection de la Joi , est de croire que Dieu.

[a) Préface de V Histoire des variations ^ OEuvres de Hoss. lom. XIX, p. i8, 19, édit. de Yers. i/î-S^.

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