‹ Histoire de Bossuet, eveque de Meaux (volume 2)Chapitre 72 sur 154 · LIVRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIEME

écoles la discussion des opinions particulières de quelques théologiens sur le concours de la grâce et de la liberté dans les actes humains. Parmi ces opinions, celle des Thomistes est ce'lèhre dans l'Ecole j et personne n'ignoroit dans le public que Bossuet penchoit pour cette opinion. Ce n'est pas qu'il la jugeât exemple de diiOculté, ni susceptible d'une démonstration très -claire et très -satisfaisante. Il la croyoit seulement plus propre que toute autre à résoudre quelques objections et quelques difficulle's dans une matière qui en offre un si grand nombre d'insolubles.

Jurieu ne manqua pas de demander à Bossuet comment il pre'tendoit concilier la liberté de l'homme avec la grâce efficace et la prémolioii physique des Thomistes.

Il faut entendre la réponre de Bossuet. Il eut été' à désirer pour le repos de l'Eglise, que les auteurs de tant de systèmes n'eussent pas eu la prétention d'expliquer ce que Bossuet jugeoit inexplicable.

« M. Jurieu voudroit que je lui apprisse com- » ment s'accorde le libre arbitre , ou le pouvoir » de faire ou ne pas faire , avec la grâce ejficace » et les décrets éternels. Foible théologien , qui » fait semblant de ne pas savoir combien de vé- » rilés il nous faut croire , quoique nous ne sa- » chiens pas toujours le moyen de les concilier » ensemble. Que diroit-il à un Socinien qui lui de- » manderoit d'expliquer comment s'accorde Vunité » de Dieu avec la Trinité? Entrera-t-il avec lui » dans cet accord , et s'engagera-t-il à lui expliquer )) le secret incompréhensible de l'être divin ? Ne » croiroit-il pas l'avoir vaincu, en lui montrant que » ces deux choses sont également révélées j et par

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» conséquent, malgré qu'il en ait, et maigre la » petitesse de l'esprit humain qui tie peut les con- » cilier parfaitement , qu'il faut bien que l'infi- » nité immense de l'être de Dieu les concilie et les » unisse.

» Mais sans nous arrêter à ce mystère, qu'est-ce » en tout et partout que notre foi ^ quun recueil » de vérités saintes qui surpassent notre inlelli- » gence y et que nous aurions non pas crues, mais » entendues parfoitement ^ si nous pouvions les cony> cilier ensemble par une méthode inanifoste?.,.. y> Mais cela nest pas ainsi ^ et quand cela sera^ » ce ne sera plus cette vie ^ mais la future. Ce ne » sera plus la foi y mais la vision. Que faut - il » faire en attendant, sinon croire et adorer ce » qu'on n'entend pas , unir par la foi ce qu'on ne w peut unir par l'intelligence , et en un mot, 5) comme dit saint Paul, réduire son esprit en cap' » tivité sous V obéissance de Jésus-Christ?....*

» Que sert donc d'alléguer la qrâce efficace et les » Thomistes! Ces docteurs, comme les autres Ca* » tholiques , sont d'accord à ne point mettre dans » le choix de l'homme une inévitable nécessité , » mais une liberté entière de faire et de ne pas » faire. S^ils ont de la peine à l'accorder avec » i," immutabilité de Dieu, ils ne succombent pour- » tant pas h la difficulté. Ils rament de toute leur ï> force y pour s" empêcher d'être jetés contre /V- » cueil. »

Jurieu avoit encore objecté à Bossuet le prétendu semi - pélagianisme des MoUnistes , dont le système est abandonné à la liberté des écoles.

L'opinion personnelle de Bossuet différoit de celle des Molinistes -, mais il ne se croyoit pas en

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ctroit(ïe condamner ce que l'Eglise n'a pas condamné. « Quant à ce que M. Jurieu nous objecle, que y> nos 31olinistes sont Semi-Pélagicns , s'il en avoit » seulement ouvert les livres, il auroit appris qu'ils » reconnoissent pour tons les élus une préférence » gratuite de la divine miséricorde, une grâce tou- » jours prévenante, toujours nécessaire pour toutes » les œuvres de piété. C'est ce qu'on ne trouvera » jamais dans les semi-Pélagîens. Que si on passe » plus avant , ou qu'on fasse précéder la grâce par » quelque acte purement humain, à quoi on l'at- » tache , je ne craindrai point d'écre contredit par » aucun Catholique, en assurant que ce seroit de » soi une erreur mortelle , qui ôteroit le fonde- » ment de l'humilité, et que l'Eglise ne tolère- » roit jamais , après avoir décidé tant de fois , et » encore en dernier lieu dans le concile de Trente , » que tout le bien, jusqu'aux premières disposi- » lions de la conversion du pécheur , vient d'une » grâce excitante et prévenante, qui n'est précé- » dée par aucun mérite. »

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