‹ Histoire de Bossuet, eveque de Meaux (volume 2)Chapitre 73 sur 154 · XIV. — Du 3^ A^'ertlssement aux Protestans · texte numérisé non relu

XIV. — Du 3^ A^'ertlssement aux Protestans

Le sujet du troisième Avertissement aux Protestans {f^) rentre en grande partie dans ce qui a fait la matière du second. C'est toujours sur la question de l'Eglise, « question que les Pro.estans ë^'itent , » autant quils peuvent^ d^agiter, » dit Bossuet, *f.comme Véciieil où ils viennent toujours se briser. » Mais les variations et les contradictions continuelles de Jurieu lui donnent lieu d'y ajouter de nouveaux développemens et des réflexions qui sont d'un grand intérêt.

C") OEuvres^ de Bossuet, tom. xxi, p. i53 et suiv. ibicl.

l4o HISTOIRE DE BOSSUET,

Bossuet fait remarquer que dans l'origine, les Luthériens eux-mêmes convenoient qu'on pouvoit se sauver dans l'Eglise romaine; «ils faisoientméme » semblant de ne vouloir pas y renoncer. Les deux » partis de la réforme , tant les Zuingliens , que » ceux de la confession d'Ausbourg, se soumet- » toient au concile que le Pape assembleroif ^ ils » meltoient au nombre des plus grands saints les » plus zélés défenseurs de l'Eglise et de la croyance » romaine, tels que saint Bernard, saint Bonav en- » ture, saint Erançois d'Assise j et Luther recon- V noissoit en termes magnifiques le salut et la sain- » teté dans cette Eglise. »

Les Calvinistes eux-mêmes perséve'rèrent longtemps dans la même opinion j et Bossuet rappelle ce qui se passa à l'occasion de l'abjuration d'Henri IV, à qui les théologiens protestans avouèrent pour la plupart, qiiaK'ec eux Vétat éloit plus -parfait^ mais quon pouvoit être sauvé dans l'Eglise catholique : l'ait remarquable, confirmé par le témoignage du duc de Sully^ sincèrement attaché à la religion protestante.

Cet aveu avoit donné lieu aux Catholiques de demander aux Protestans à quoi donc avoit servi d'allumer le feu des guerres civiles et religieuses dans toute l'Europe, et d'y avoir fait couler des torrens de sang pendant cent cinquante ans, pour se séparer avec tant de violence d'une Eglise dans laquelle ils convenoient eux-mêmes qu'on pouvoit faire son salut. L'objection étoit pressante et pouvoit faire impression sur les esprits raisonnables. La conversion d'Henri IV, justifiée de leur propre aveu , et dont l'exemple avoit été suivi par les chefs de plusieurs maisons puissantes ; porta tout-

tiVRE NEUVIL-VTE. l4t

i-coup les ministres protestans à rétracter un aveu sipréjudiciable aux intérêts politiques de leur parti. Ce fut alors qu'ils imaginèrent, pour fasciner Tesprit de la multitude, de déclarer par un décret solennel d'un de leurs synodes (0, que le Pape étoit V Antéchrist , que Rome étoit Bahylone , et que tout le culte de l'Eglise romaine n'étoit qu'un amas d'idolâtries. Ils se flattèrent d'avoir établi par ces déclamations extravagantes une barrière insurmontable entre Rome et Genève.

Cependant, lorsque vers le commencement du règne de Louis XIV, le gouvernement et le clergé de France eurent formé le projet de ramener les Protestans par des discussions raisonnées ] lorsque Bossuet eut commencé à introduire dans ce genre de controverses une méthode qui mettoit toutes les classes de Catholiques et de Protestans à portée de réduire ces étranges accusations à leur juste valeur , et de demander des preuves et des faits au lieu de déclamations , les ministres les plus habiles se sentirent obligés à abjurer jusqu'à ua certain point la rigueur de leurs principes. Ils sentirent en effet qu'il étoit un peu dur de damner impitoyablement tout ce qui avoit professé la religion romaine depuis douze cents ans ; car ils n'avoient jamais désavoué qu'on ne put encore y obtenir le salut au cinquième siècle^ quoiqu'on y {ai déjà un peu idolâtre. Ils étoient d'autant plus

(ï) Luther et quelques autres déclamateurs virulens, avoient à la vérité donné au Pape et à Rome les noms d'Antéchrist et de Babjlone. Mais jamais aucime de leurs assemblées ecclésiastiques n' avoit osé en faire Tobjet d'un décret formel. Mélanchton les avoit même effacés de la confession d'Aiiâbourg , où Luther avoit voulu les faire insérer.

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embarrassés à justifier cette proscription ge'ne'rale, qu'ils coiivenoient eux-mêmes que, lorsque les premiers réformateurs firent entendre leur nouvelle doctrine, ils n*avoient pas trouvé un seul individu qui déclarât qu'il avoit toujours pensé comme eux. Ainsi Vidoldtrie étoit universelle dans i'Eglise latine comme dans l'Eglise grecque , dans tout l'Orient comme dans tout l'Occident.

Mais la grande difficulté étoit de concilier le sa-» lut avec cette profession publique de l'idolâtrie.

Le ministre Claude, le plus habile et le plus subtil de tous les Protestans, imagina tout -à- coup Fopinion la plus extraordinaire et la plus bizarre qui ait pu jamais se présenter à un homme de sens et d'esprit ; ce fut de convenir qu'on pouvoil à la vérité se sauver dans l'Eglise romaine avant la réforme : mais il ne consentoit à accorder le salut qu'à ceux qui faisoient profession de sa doctrine sans y croire.

Vint peu de temps après le ministre Jurieu , qui sentit facilement qu'il étoit aussi ridicule, que contraire à la morale , de ne sauver que des hypocrites : et il établit l'opinion directement opposép. Il déclara que tous ceux qui avoient professé de bonne Jbi la doctrine de l'Eglise romaine avant la réforme, avoient pu y obtenir le salut j ce qui étoit un peu plus raisonnable et plus conforme aux premières notions de l'équité.

Ce fut même pour développer son opinion avec plus d'étendue , qu'il bâtit son fameux système de l'Eglise. C'est dans l'exposé de ce système qu'il porte si loin la tolérance ^ qu'il donne une si grande latitude à l'accès d'indulgence qui l'avoit subitement saisi; qu'il finissoit par reconnoître comme

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