XVI. — Du 5« Avertissement aux Protestans
Le cinquième Avertissement aux Protestans (") est le plus beau traité de politique qui ait peut-être jamais été offert à la méditation des philosophes, des hommes d'Etat et de tous ceux qui, sans aspirer à cette prééminence d'opinion et de renommée, aiment à écouler dans le silence des passions la voix de la raison , et ces maximes éternelles que l'expérience des siècles a consacrées pour Is repos de la société.
Il s'agit dans cet Avertissement d'une des plus grandes questions qui aient été agitées parmi les
C<») OEwr'xes de Bossuet, tom. xxi, p. 3i5 et suiv. iàid.
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hommes , sous quelque forme de gouvernement que la Providence les ait destines à vivre. BossueL entreprend d'examiner si le fondement des empires repose sur l'autorité des rois, ou sur la volonté du peuple dans lequel on prétend placer l'origine et le droit de toutes les souverainetés.
Il avoit établi dans son Histoire des imriations , que les réformés du seizième siècle avoient consacré la révolte à main armée contre les souverains légitimes par principe de religion, par des délibérations expresses et solennelles de leurs synodes nationaux et provinciaux, par des consultations raisonnées de leurs plus célèbres théologiens. Il avoit mis sous les yeux de toute l'Europe les preuves authentiques d'une accusation si grave j et il les avoit puisées dans les actes mêmes des synodes nationaux et provinciaux , dans les registres publics de leurs assemblées, dans les historiens mêmes de la Réforme , tels que Théodore de Bèze, d'Aubigné et un grand nombre d'autres.
Bossuet avoit opposé à cette conduite , si contraire à celle des premiers Chrétiens, la doctrine et les exemples de Jésus-Christ et des apôtres. If avoit rappelé ces célèbres oracles qui prononcent en des termes si formels , que ni la religion , ni les plus violentes persécutions ne peuvent et ne doivent jamais servir de motif ou de prétexte, pour se soustraire à l'obéissance due aux puissances que Dieu a établies sur la terre.
l^ovsqviQV Histoire des variations -çdiMwi ^ les Protestans les plus habiles, tels que Bayle (0, Basnage
(0 C'est ce que fit Bayle dans sa Critique du Père Mainihourg. Mais il est curieux d'observer comment Bayle se montra dans la suite bien plus sincère dans son ^^'is aux
l5o HISTOIRE DE BOSSUET,
et Jurleu lui-même, évitèrent de contredire les faits allégués par Bossuet, ou de justifier la doctrine et les décrets séditieux des synodes protestans. Ils se bornèrent à essayer d'éluder la rigueur des conséquences qu'il en avoit tirées j ils préten- <lirent « que la religion ne s'éloit trouvée que par » accident dans ces querelles ^ et pour y servir de » prétexte. »
C'éloit sans doute ce qu'il y avoit de plus sage et de plus adroit pour éviter d'entrer dans une discussion, qu'il étoit impossible de soutenir avec quelque espérance de succès.
Mais Jurieu éloit incapable de tant de circonspection* et l'emportement de son caractère ne lui permettoit jamais d'observer aucune mesure. On le vit tout-à-coup établir en maxime générale , que les peuples ont toujours le droit de se révolter contre leurs souverains , lorsqu'ils en sont opprimés, et que la défense de leur religion est surtout un titre légitime pour se soustraire à leur autorité.
Il fit plus, il osa établir cette étrange assertion sur des exemples tirés de l'Ecriture sainte , et prétendit que les décisions si formelles de Jésus-Christ
Réfugiés. On est surtout étonné d'y voir Bossuet et Bayle se rencontrer dans l'exposé des mêmes faits , sans s'être concertés, et sans avoir jamais eu la moindre relation ensemble, jiayle se montra mr-ni». pius sévère encore que Bossuet , pour reprocher aux Protestans leurs variations dans la doctrine, et les contradictions poaiiques où ils s'étoient laissé entraîner.
Bayle dans son Avis aux Réfugiés, enchérit encore sur tout ce que Bossuet a écrit dans sou Histoire des variations. Ts'ous l'avons déjà dit, ce petit ouvrage de Bayle est un des plus pic[uans qui soient jamais sortis de sa plume.