‹ Histoire de Bossuet, eveque de Meaux (volume 2)Chapitre 79 sur 154 · LIVRE NEUVIEME. l5l · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIEME. l5l

et des apôtres étoient des conseils, et non pas des préceptes pour les temps de persécution.

Il ne fut pas difficile à Bossuet de montrer que lorsque Jésus- Christ avoit dit d'une manière si impérative et si absolue : Rendez à César ce qui est a Ce'sar, et à Dieu ce qui est à Dieu ; lorsqu'il avoit déclaré que son royaume nétoit pas de ce monde; lorsqu'il avoit blâmé saint Pierre d'avoir fait usage de ses armes contre les ministres de l'autorité publique chargés de l'arrêter j lorsqu'enfin, traduit devant le tribunal de Pilate;, il avoit reconnu dans cet officier de l'Empereur une puissance que le ciel lui avoit donnée sur lui-même , Jésus-Christ et les apôtres se trouvoient alors dans un temps de persécution.

C'étoit bien aussi dans un temps de persécution , et sous le glaive même de Néron , que saint Pierre écrivoit : « Soyez soumis au Roi et au ma- » gistrat pour l'amour de Dieu, parce que c'est » la volonté de Dieu, » et qu'il ajoutoit, afin de ne rien omettre : « Soyez soumis à vos maîtres , » même J'dcheux et inexorables. »

Saint Paul étoit déjà dans les liens, et presque sous le coup des persécuteurs, lorsqu'il ordonnoit qu on fût fidèle et obéissant, et quon priât pour eux avec instance. ScàniVsiuX avoit réfuté d'avance l'idée singulière de Jurieu , lorsqu'il avoit dit : « Soyez soumis par nécessité , non-seidement a. » cause de la colère, mais encore a cause de la » conscience. »

On n'a pas besoin sans doute d'observer avec Bossuet, que l'Eglise toute entière gémissoit sous la plus violente et la plus cruelle de toutes les persécutions, lorsque Tertullieu, au nom de tous

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les Chrétiens, dans la plus docte et la plus sainte apologie qu'ils aient jamais présentée aux Empereurs, demandoit à Dieu de donner a tous les Em-^ pereiirs une longue vie , un empire heureux , une famille tran<juille ^ de courageuses armées , un sénal fidèle ^ un peuple juste et ohéissantj et que le monde fdl en repos sous leur autorité.

Bossuet fait remarquer que c'est dans cette même apologie, que Terlullieu déclare au nom de tous les Chrétiens , « non pas qu'on leur a conseillé de » ne point se soulever, mais que cela leur est déytjendu : vetamur ; ni que c'est une chose de per~ Ta fection , mais que c'est un précepte : prœceptwn » est nobis; ni qu'on fait bien de servir l'Empe- 5) reur , mais que c'est un devoir : débita imperafo- » ribus ; que c'est une obhgalion due à titre de » religion et de piété : pietas et religio imperatori- » bus débita; ni qu'il est bo?i d'aimer le prince, » mais que c'est un devoir indispensable , necesse » est ut diligant, à moins de cesser en même temps » d'aimer Dieu qui l'a établi. »

Bossuet , après avoir montré que les Chrétiens de tous les siècles, jusqu'à la naissance des hérésies , qui donnèrent le premier exemple de prendre les armes pour cause de religion , s'étoient conformés fidèlement à la doctrine de Jésus-Christ et des apolres, discute tous les faits tirés de l'Ecriture sainte, que Jurieu alléguoit pour la défense de son système.

Rien n'est plus intéressant à observer que la sagacité avec laquelle Bossuet analyse tous ces faits importans, et surtout celui des Machabées , qui pouvoit présenter le plus de dif&culté et d'embarras.

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