‹ Histoire de Bossuet, eveque de Meaux (volume 2)Chapitre 80 sur 154 · LIVRE NEUVIÈME. î · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME. î

11 est en effet certain qu'à cette ëpoque , toute la nation juive prit les armes pour défendre son temple et sa religion; que par la révolution qui en fut la suite, la Judée fut soustraite à la domination des rois de Syrie ; que la maison des Asmonéens monta sur le trône de David et de Salomon , et que le sceptre de Juda fut transporté à des descendans de Lévi. Bossuet est peut-être le seul qui ait répandu le plus de clarté sur ce grand événement de l'histoire des Juifs , qui ne se présente ordinairement à l'esprit , qu'environné de nuages, d'incertitudes et de difficultés (i).

C'étoit de Buchanan , que Jurieu avoit emprunté tous ces prétendus exemples de l'Ecriture, pour justifier la révolte des sujets contre les souverains. Mais un auteur tel que Buchanan , malgré sa belle latinité, auroit dû être écarté d'une discussion où son nom seul rappeloit le souvenir des principes séditieux qu'il avoit propagés en Ecosse; et Bossuet observe « que son fameux li- » vre, Jus regni in Scotia , exprime des sentimens » si excessifs, qu'il a été détesté par les plus habiles » gens de la Réforme, y*

Ce fut également de Buchanan , et du livre de Junîus Brutiis d'Hubert Languet, que Jurieu em = prunta la chimère de la souveraineté du peuple»

Il établit en principe :

M Que c^est le peuple qui fait les souverains » et donne la souveraineté'.

» QiUil est contre la raison quun peuple se » livre à un souverain sans quelque pacte , et qu^un » traité seroit nul et contre la nature.

(i; C'est dans Bossuet même qu'il faut lire cette discussion historique, qui est trés-eteûdue et du plu5 grand intérêt.

» Que le peuple na pas besoin d'avoir raison » pour valider ses actes. »

Trois maximes avec lesquelles on est sûr de bouleverser tous les gouvernemens, d'ébranler les fondemens de Tordre social , et de livrer la vie , la liberté et les biens de tous les membres de la société à tout ce que l'espèce humaine peut offrir de plus abject et de plus épouvantable.

Le seizième siècle avoit enfanté pour la première fois ces dangereuses chimères; elles étoient heureusement restées ensevelies dans les bibliothèques j et l'indignation publique avoit condamné au mépris leurs coupables auteurs.

Le milieu du dix-septième siècle vit quelques factieux d'une nation célèbre proclamer ces mêmes maximes pour justifier le plus grand des attentats. î*Iais ce ne fut que contre un seul homme qu'on en dirigea la sacrilège application.

Il étoit réservé au dix-huitième siècle de faire de ces maximes une loi de proscription contre toute une nation. On n'a point oublié, on n'oubliera jamais cette terrible expérience de la souveraineté du peuple. Les faits parlent ici plus haut que les raisonnemens. Si Bossuet et Jurieu revenoient au monde, Bossuet seroit dispensé de combattre une doctrine qui a été soumise à une telle épreuve; il se borneroit à dire à Jurieu : Prenez, et voyez ce qu ont fait les disciples de votre école, Jurieu luimême en gémiroit ; et Bossuet, comme les anciens prophètes, pleureroit les malheurs qu'il avoit cherché à détourner de sa patrie.

Mais lorsque Jurieu hasardoit des principes dont il étoit bien éloigné de prévoir les conséquences, il se proposoit seulemeut de justifier ce qui se

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