‹ Histoire de Bossuet, eveque de Meaux (volume 2)Chapitre 81 sur 154 · LIVRE NErVlEME. l · texte numérisé non relu

LIVRE NErVlEME. l

passoit alors en Angleterre. Cëtoit à celle e'poque que la révolution de 1688 venoit de précipiter Jacques II de son trône, pour y placer le prince d'Orange.

La convention britannique , qui décida cette grande question contre la maison de Stuart , s'étoit montrée fort embarrassée de concilier les faits avec le droit, et les principes héréditaires d'une monarchie avec une révolution qui les fouloit aux pieds. Elle cherchoit en vain à recourir à des fictions métaphysiques, pour justifier des contradictions qui frappoient l'Europe d'étonnement. Elle essayoit même jusqu'à un certain point de rentrer dans la ligne de l'hérédité , dont elle s'étoit si brusquement écartée.

Comme aucune effervescence populaire n'avoit préparé cette révolution , que le peuple en éloit spectateur presque indifférent , et qu'elle éloit uniquement l'ouvrage de l'ambition du prince d'Orange , des intrigues de quelques grands , et surtout de la maladresse de Jacques II , la convention britannique avoit pu se livrer sans danger à une longue suite de discussions oiseuses sur un prétendu contrat primordial entre les rois et les peuples : discussions que le prince d'Orange parut mépriser avec une arrogance assez froide pour les laisser agiter , tant qu'elles lui furent indifférentes ; et pour les faire cesser d'un seul mot de sa bouche, quand il crut devoir y mettre un terme.

Jurieu avoit cru plaire au nouveau roi d'Angleterre en consacrant dans ses écrits les mêmes maximes qui paroissoient lui avoir ouvert le chemin du troue.

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Bossuel étendoit ses vues bien plus loin. Ce ge'nie vaste et profond embrassoit tous les temps et tous les empires. I/Angleterre n'e'toit qu'un point sur la terre, et sa révolution un fait isolé dans la longue succession des siècles qui composent l'histoire des nations j et tandis que Jurieu ne voyoit qu'un prince dont il vouloit capter la bienveillance, Bossuet voyoit le fondement de tous les empires et l'ordre politique de tous les gouvernemens^ renversés par les maximes de Jurieu.

On doit sentir quel intérêt devoit prendre toute l'Europe à une telle question, présentée sous un point de vue aussi étendu , surtout lorsqu'un génie tel que Bossuet se chargeoit de la soumettre à la méditation de tous les hommes éclairés.

Aussi ce cinquième Avertissement produisit tout l'effet que Bossuet en avoit espéré; et pendant plus d'un demi-siècle , on n'a vu aucun écrivaiu reproduire les chimères politiques de Jurieu.

Jurieu demandoit a quelle raison pourrait avoir » eu un peuple de se donner un maitî^e si puisai sani , quil puisse abuser de sa puissance , sans » craindre de la perdre ?

)> Il m'est aisé de lui répondre, dit Bossuet. » C'est la raison qui a obligé les peuples les plus » libres, lorsqu'il les faut mener à la guerre, de » renoncer à leur liberté pour donner à leurs gé- » néraux un pouvoir absolu. On aime mieux iia- » sarder de périr même injustement par les ordres » de son général, que de s'exposer par la di\ision » à une perte assurée de la main des ennemis.

» C'est par le même principe qu'on a vu un » peuple très-libre, tel qu'étoit le peuple romain, D se créer p même daos la paix; uu jnagisirat ab-

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