‹ Histoire de Bossuet, eveque de Meaux (volume 2)Chapitre 82 sur 154 · LIVRE NEUVliÈMHk · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVliÈMHk

» solu, pour se procurer cerlains biens, et e'viler » cerlains maux, qu'on ne peut ni éviter, ni se

)) procurer qu'à ce prix C'est pour de sembla-

» blés raisons qu'un peuple qui a e'prouvé les » maux , les confusions et les liorreurs de l'anar- » cliie, donne tout pour les éviter; et comme il » ne peut donner de pouvoir sur lui , qui ne puisse » tourner coiilre lui-même, il aime mieux basar- » der d'être maltraité quelquefois par un souve- » rain, que de rester exposé à souffrir de ses » propres fureurs , s'il se réservoit quelque pou- » voir.

» II ne croit pas pour cela donner à ses souve- » rains un pouvoir sans bornes. Car , sans parler » des bornes de la raison et de l'équité, si les prin- » ces n'y sont pas assez sensibles, il y a les bornes » du propre intérêt, qu'on ne manque guère de » voir, et qu'on ne méprise jamais quand on les » voit. C'est ce qui a fait tous les droits des souve- » rains , qui ne sont pas mioins les droits de leurs » peuples, que les leurs.

» Le peuple forcé par son propre intérêt à se » donner un maître, ne peut rien faire de mieux » que d'intéresser à sa conservation celui qu'il » établit sur sa tête; lui mettre l'Etat entre les » mains, afin qu'il le conserve comme son bien » propre , c'est un moyen très-puissant de l'in- » téresser.

» Mais c'est encore l'engager au bien public » par des liens plus étroits, que de donner l'em- » pire à sa famille, afin qu'il aime l'Etat comme » son propre béritage , et autant qu'il aime ses » enfans. C'est même un bien pour le peuple, que » le gouyeraernent devienne aisé; qu'il se per-

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» pëtue par les mêmes lois qui perpétuent le » genre humain, et qu'il aille, pour ainsi dire, » avec la nature. Ainsi les peuples où la royauté » est héréditaire , se sont privés en apparence d'une » faculté, qui est celle d'élire leurs princes; dans » le fond , c'est un bien de plus qu'ils se procurent. » Le peuple doit regarder comme un avantage de » trouver son souverain tout fait, et de n'avoir » pas, pour ainsi parler, à remonter un si grand » ressort. »

Jurieu n'avoit pas manqué, pour soutenir son système, de faire la supposition la plus absurde j et on n'a pas manqué de nos jours de faire la même supposition pour justifier les plus grands attentats. 11 demandoit ce qu'il faudrait faire à un prince qui commanderoit a la moitié d'une ville de massacrer l'autre , sous prétexte de refus d'O' héissance a un comma?idement injuste ?

Bossuet avoit sans doute raison de s'écrier : « Comment un homme peut-il se mettre dans » l'esprit de fonder des règles de droit et des » maximes de gouvernement sur des cas bizarres

« et inouis parmi les hommes? Demander ce

» qu'il faudroit faire à un prince qui auroit conçu » un semblable dessein, c'est demander en d'au- )) 1res termes, ce qu'il faudroit faire à un prince » qui deviendroit furieux et frénétique au-delà » de tous les exemples que le genre humain con- » noît. En ce cas, la réponse seroit trop aisée. » Tout le monde répondroit à M. Jurieu qu'on » a donné des tuteurs à des princes moins insensés » que celui qu'il nous propose. Sa prétendue sou^ » veraineté du peuple n'est ici d'aucun usage. Le » successeur naturel d'un prince dont le cerveau

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