‹ Histoire de Bossuet, eveque de Meaux (volume 2)Chapitre 83 sur 154 · LIVRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIEME

)) seroit si malade , ou les transports si violens, fe- » roit naturellement la charge de re'gent.

» D'ailleurs, comme l'observe Bossuet, les mo- » narchies les plus absolues ne laissent pas d'avoir » des bornes inébranlables dans certaines lois fon- » damentales, contre lesquelles on ne peut rien )> faire qui ne soit nul de soi. Ravir le bien d'un » sujet pour le donner à un autre^ est un acte de î) cette nature. On n'a pas besoin d'armer l'op- » pressé contre l'oppresseur* le temps combat » pour lui, la violence réclame contre elle-même; » et il n'y a point d'homme assez insensé pour « croire assurer la fortune de sa famille par de tels

» actes Sans craindre qu'on les contraigne, les

» rois habiles se donnent eux-mêmes des bornes » pour s'empêcher d'être surpris ou prévenus^ ils » s'astreignent à de certaines lois, parce que la » puissance outrée se détruit enfin elle-même,

» L'état de la question est de savoir , non pas si » le prince a le droit d'abuser de sa puissance et » de faire le mal , ce que personne n'a jamais rêvé; » mais en cas qu'il le fît et qu'il s'éloignut de la » justice et de la raison , si la raison permet aux » particuliers de prendre les armes contre lui, » et s'il n'est pas plus utile au genre humain qu'il » ne reste aux particuliers aucun droit contre la )^ puissance publique.

» Le principe de rébellion , ajoute Bossuet,

» qui est caché dans le cœur des peuples, ne peut » être déraciné qu'eu ôtant jusque dans le fond, » du moins aux particuliers^ en quelque nombre » qu'ils soient^ toute opinion qu'il puisse leur » rester de la force, ni autre chose que les prières » et la patience contre la puissance publique. »

i6o HISTOIRE DE BOSSUET ,

Ce seroit bien mal connoître et bien mal juger Bossuet, que supposer qu'il attribue aux princes le droit d'être injustes et oppresseurs j mais il pense qu'il importe à la stabilité des gouvernemens et au bonheur même des peuples, que les rois soient indépenduns de la justice humaine; « mais à condition d'en répondre à la justice de » Dieu, à laquelle ils demeurent d'autant plus » sujets , qu'ils sont plus indépendans de celle des » hommes : » et c'est en ce sens qu'il explique le droit du Roi , lorsque Samuel l'exposa aux Juifs avec toutes ses prérogatives et tous ses abus, quand ils lui demandèrent un roi.

Ce n'est pas assurément qu'il ne fut très-facile de prévoir tous les inconvéniens de cette indépendance absolue attribuée aux rois. Toute l'histoire dépose en effet qu'on a vu un grand nombre de mauvais princes et d'insupportables tyrans. « Mais » c'est qu'on a vu encore moins d'inconvéniens à » les souffrir quels qu'ds fussent, qu'à laisser à la » multitude le moindre pouvoir.

» Les Païens mêmes, par leur simple raison na- » turelle , ont bien vu qu'il falloit souffrir les vio- » lences des mauvais princes , en souhaiter de » meilleurs, les supporter cjuels qu'ils fussent, esî) pérer un temps plus serein pendant l'orage , et » comprendre que la Providence , qui ne veut pas » la ruine du genre hnmain , ni de la nature, ne » tient pas éternellement le peuple opprimé par » un mauvais gouvernement, comme elle ne bat » pas l'univers par une continuelle tempête. Les » beaux jours pourront donc refaire ce que les » mauvais auront gâté; et c'est vouloir trop de » mal aux choses humaines , que de joindre aux

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