‹ Histoire de Bossuet, eveque de Meaux (volume 2)Chapitre 84 sur 154 · LIVRE NEUVIÈME. l6l · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME. l6l

» maux d'un mauvais gouvernement un remède » plus mortel que le mal mènie^ qui est la division » intestine. »

Jurieu sembloit avoir voulu accuser Bossuet de s'établir le flatteur des rois ; mais il oublioit qu'il s'exposoit lui-même au reproche bien plus grave d'être le flatteur des peuples.

« Tout flatteur, quel qu'il soit , est toujours un » animal traître et odieux. Mais s'il falloit com- >» parer les flatteurs des rois avec ceux qui vont » flatter dans le cœur des peuples ce secret prin- » cipe d'indocilité et cette liberté farouche qui » est la cause des révoltes , je ne sais lequel scroit » le plus honteux. Les gens d'un caractère si bas, » sous prétexte de flatter les peuples, sont en effet » les flatteurs des usurpateurs et des tyrans. Le » peuple se laisse flatter et reçoit le joug. C'est à » quoi aboutit toujours la souveraine puissance » dont on le flatte^ et il se trouve que ceux qui » llattoient le peuple sont en effet les suppôts de » la tyrannie. C'est ainsi que les Etats libres se » "font des monarques absolus. C'est ainsi que les » Etats monarchiques se font des maîtres plus » impérieux que ceux qu'on leur fait quitter sous » prétexte de les affranchir j les lois, qui dévoient » servir de rempart à la liberté publique, s'abo- » lissent; et le prétexte d'affermir une domination » naissante rend tout plausible. »

Bossuet s'étoit bien attendu qu'on lui demanderoit d'expliquer comment avoit pu s'établir cette forme de gouvernement, où tous les avantages sont pour un seul, et où le plus ^rand nombre supporte tout le poids de la domination • en un mot, il falloit résoudre le problcme de cette tendance gé-

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nérale de toutes les nations/ dès les temps les plus reculés^ à se soumettre à l'autorité absolue de leurs rois.

Il est bien difficile d'assigner avec certitude des causes dont l'action va se perdre dans les premiers âges du monde. Cette question, qui est plus faite pour exciter la curiosité, que pour satisfaire pleinement la raison , a exercé la sagacité de presque tous les publicistes. Mais nous croyons que parmi les conjectures sans nombre qu'elle a fait naître, il n'en est peut-être aucune aussi plausible que celle que Bossuet paroît avoir adoptée.

« A regarder les hommes comme ils sont natu- » Tellement, dit Bossuet, et avant tout gouver- » nement établi, on ne trouve que l'anarchie, » c'est-à-dire j dans tous les hommes, une liberté » farouche et sauvage, où chacun peut tout pré- » tendre, et en même temps tout contester, od » tous sont en garde, et par conséquent en guerre » continuelle contre tous, et où la raison ne peut » rien , parce que chacun appelle raison la pas- » sion qui le transporte; et où le droit même de » la nature demeure sans force , parce que la rai- » son n'en a point j où par conséquent il n'y a ni » propriété, ni domaine, ni bien j aucun droit ^ » si ce n'est celui du plus fort; encore ne sait-on » jamais qui est le plus fort , puisque chacun à » son tour peut le devenir selon que les passions » feront conjurer ensemble plus ou moins de » gens.

» Savoir si le genre humain a jamais été tout » entier dans cet état , ou quels peuples y ont été? » comment et par quels degrés on en est sorti ? il » fandroit pour le décider, compter l'infini, et

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