LIVRE NErVlÈMÏ
>) ce ministre Yen accuse. A peine a-l-il prononcé ^) quelque censure, qu'il l'adoucit un peu après. ») Il entreprend de faire voir dans les locutions M les plus dures de son Origène uieme , comme » sont celles de créature applique'e à Jésus - Christ, » qu'on le peut aisément Justifier; que la dispute » est plus dans les mots que dans les choses; que » si on le condamne en expliquant ses paroles » pre'cise'ment et dans la rigueur^ on prendra des » sentimens plus équitables en pénétrant sa pen-
)) sée Je n'en dirai pas davantage. Un si savant
» homme n'a pas besoin d'une main étrangère » pour le défendre j et si quelque jour il lui prend » envie de réfuter les louanges que le ministre lui » donne , il lui fera bien sentir que ce n'est pas à » lui qu'il faut s'attaquer. »
Mais c'est la troisième partie de ce sixième A^er» îissement qui mérite d'être lue avec attention par tous ceux qui aiment à observer la mobilité des pensées des hommes sur les opinions qui leur sont ies plus chères; et sur lesquelles ils ont cherché à exercer toutes les facultés de leur esprit.
Jurieu s'étoit établi le grand adversaire des Sociniens : et Bossuet se borne à le placer entre les Sociniens et les Catholiques; par un art singulier, aussitôt que Jurieu fait un raisonnement contre le socinianisme , les Sociniens lui démontrent par l'organe de Bossuet, que ce raisonnement le force, bon gré, malgré, d'adopter la doctrine des Catholiques sur l'autorité de l'Eglise; et aussitôt que Jurieu veut combattre les Catholiques, Bossuet, au nom des Catholiques, fait voir que ses principes assurent le triomphe des Sociniens, C'est ain^i BossuEï. nu §
I^O EISTOIRE DE BOSSUET,
qu'il réfute à chaque ligne Jurieu par Jurieu luijoiéme.
Au reste, cette troisième partie pourroit donner a Bossuet une sorte de caractère prophétique , s'il avoit , k Texemple de Jurieu, ambitionné le titre de prophète. Car il prédit sous la forme la plus affirmative, que le socinianisme ^ par une couséquence nécessaire des principes du calvinisme , doit finir par envahir tous les pays de la confession de Luther ei de Calvin; et l'événement a justifié la prédiction. Dans le cours ordinaire des choses, les esprits justes et profonds sont de véritables prophètes.
C'est par cette raison qu'il n'est resté à Jurieu, qui manquoit essentiellement de tempérance dans l'imagination et de justesse dans les idées , que le titre de visionnaire , au lieu de celui de prophète y fiuquel il aspiroit et qu'on lui avoit donné jusque sur des médailles.
Il se van toit d'avoir prédit que le prince d'Orange seroit roi d'Angleterre en 1(589. " N'a-t-il pas été î> un grand prophète, dit Bossuet, d'avoir promis « un heureux succès à un prince qui remuoit de si » grands ressorts. Car après tout, qu'avoit-il à » craindre, en hasardant cette prédiction? ou quel » mal hïi arrive-t-il pour avoir si mal deviné dans i> toutes les autres? Le prince quil vouloit flatter » avoit bien parmi ses papiers de meilleures proy> phe'ties que celles du ministre Jurieu. Mais qui ne y> connoit l'usage que les hommes de ce caractère » savent faire des prédictions , et combien cepen- » dant ils mépi^isent dans leur cœur, et les dupes t> qui les croient et les fanatiques qui les rêvent ^