‹ Histoire de Bossuet, eveque de MeauxChapitre 101 sur 120 · LIVRE SEPTltME. 2G · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTltME. 2G

Aussitôt que Bossuet eut obtenu cet arrêt, il prit toutes les mesures nécessaires pour se mettre en possession de la juridiction qui lui ctoit rendue; et dès le ai5 février suivant, il se mit en marche vers l'abbaye de Jouarre. Il n'éprouva aucune opposition de la part du clergé, du peuple, et de la ville , qui le reçurent avec les plus grands honneurs et reconnurent son autorité.

Mais il n'en fut pas de même de l'abbaye ; la plus grande division y régnoit; un grand nombre de religieuses, fidèles à l'esprit de leur état, et qui étoient depuis long -temps en relation avec Bossuet, l'attendoient avec impatience pour le recon- Boître comme leur véritable supérieur. Mais Tabbesse y avoit aussi des partisans ardens et dévoués, accoutumés à posséder sa faveur et à exercer sous son nom le pouvoir et la domination. Lorsque Bossuet se présenta à l'entrée du monastère , il en trouva la porte fermée , ainsi que celle de l'église.

Une résistance aussi indécente l'affligea , mais ne l'arrêta point. Il alla s'établir dans la ville de Jouarre pour y procéder à la visite de la paroisse; et il interdit de leurs fonctions ceux des prêtres séculiers et réguliers qu'il soupçonnoit d'entre'!enil l'abbesse et ses partisans dans leur désobéissance.

Pendant cet intervalle , il obtint un arrêt du parlement, portant qu'il seroit fait ouverture des portes de l'abbaye en présence du lieutenant-général de Meaux. Muni de cet arrêt qu'il avoit fait signifier à la prieure, en l'absence de l'abbesse, il se rendit le 2 mars à l'abbaye , accompagné du lieutenant-général de ?Jeaux, chargé d'en assurer l'exécution; on lui eu refusa encore l'entrée; mais Bossuet. u, la

la porte s'ouvrit au moment même où lelieutenantge'neral se disposoit à user de contrainte.

Bossuet, en entrant dans l'abbaye, observa que la prieure et une partie des religieuses s'éloient enfuies et cache'es. Cependant il en réunit environ vingt-trois; il ne voulut pas faire ouvrir de force les portes de l'église par respect pour la sainteté du lieu, ni même celle de la salle capitulaire par un reste d'égard pour des religieuses qu'il vouloit ramener par la douceur. Il se borna dans cette première visite à leur faire connoître les maximes qui avoienl déterminé l'arrêt du parlement^ maximes conformes aux décrets du concile de Trente sur les exemptions, et à l' ordonnance de Blois, qui en avoit adopté les dispositions.

Le lendemain Bossuet retourna à l'église de l'abbaye; il en trouva encore la porte fermée; elle s'ouvrit enfin , sans qu'il se vît obligé de recourir h la force; et il en fit la visite selon les formes accoutumées.

Dans l'après-midi il se transporta au monastère, dont on lui refusa encore l'entrée. Le lieutenantgénéral de Meaux fut forcé d'user de contrainte, pour prévenir de nouvelles scènes aussi indécentes.

Bossuet réunit alors en sa présence toutes les religieuses, et leur donna les instructions les plus sages sur leur situation présente. Il les exhorta à faire disparoître toutes les traces de leurs anciennes divisions, pour vivre en paix et avec édification sous la conduite d'un pasteur qui ne vouloit être que leur père.

En quittant Jouarre, Bossuet y laissa l'abbé Plielippeaux, son grand-vicaire. Cet ecclésiastique sut

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se condiiire avec tant de sagesse, que dans le court espace de quelques semaines il eut le bonheur de ramener les religieuses, qui s'étoieut monliées les plus opposées à leur évéque.

Peiidant tous ces niouvemens , Tabbesse et neuf des religieuses qui lui étoient dévouées, avoient tenté de se pourvoir à la Cour de Rome. Elles avoient adressé au cardinal à'Agitirt'e uu mémoire où elles s'exhaloient en reproches contre Bossaet, qu'elles accusoient de ne savoir pas gouverner les communautés religieuses. Elles y avoient joint un procès- verbal de la visite rédigé par leur bailli et leur procureur fiscal; et elles le présentoient en témoignage « des violences que Bossuet avoit *» exercées , et qui m'oient scandalisé tout le i> royaiune. »

Louis Xiy, instruit de cette démarche, ordonna au duc de Chaulnes, son ambassadeur à Rome, de prendre des informations sur les auteurs et les agens d'une mesure aussi inconsidérée. Aussitôt qu'il les eut reçues, il chargea M. de Croissy d'envoyer à Bossuet les noms des religieuses qui avoient signé le mémoire^ et de lui annoncer que s'il jugeoit à propos d'éloigner de Jouarre quelques-unes des plus séditieuses, les ordres en seroient expédiés sur-ie-champ. Mais Rossuet ne voulut point faire usage du pouvoir illimité que la confiance de Louis XIY sembloit lui abandonner.

Cependant l'abbesse, Hc^riette de Lorraine, ne pouvoit consentir à ployer sous une autorité qui blessoit sa fierté, et qui génoit toutes ses habitudes. Toujours absente avec deux de ses religieuses, elle avoit laissé le temporel de son abbaye dans l'abandon le plus affligeant. Forcée enfin

de recourir à cette même autorité qu'elle afFectoit encore de méconiioîlre, elle écrivit à Bossuot, et lui demanda la permission de prolonger son séjour à Paris, jusqu'à ce que sa santé fut entièrement rétablie. Bossuet voulut bien condescet]dre à sa demande; mais il limita cette permission à trois mois. Les trois mois expirés , l'abbesse ne revint point. Bossuet laissa écouler encore deux mois, en fermant les yeux sur une infraction si peu convenable. Au bout de cet intervalle , il défendit aux religieuses de Jouarre d'envoyer à l'abbesse ses revenus.

Ces défenses l'obligèrent à revenir à Jouarre. A peine y fut-elle de retour, qu'elle demanda à Bossuet des secours, et son autorisation pour aller aux eaux. Il y consentit , à condition qu'elle s'y rendroit directement, et qu'elle en reviendroit directement à son abbaye. Mais après la saison des eaux , elle alla s'établir à Paris. Bossuet crut alors devoir se transporter lui-même à Jouarre, et y rendit une ordonnance ^ par laquelle il étoit enjoint à l'abbesse de rentrer dans son mnoastère « sous peine d'ex- » communication encourue ipso facto , après les » monitions faites de trois jours en trois jours, à la î) diligence du promoteur , et trois jours après la » dernière. »

Elle reçut les deux premières, et n'attendit pas la troisième. Elle fut de retour à Jouarre le 26 mars

Au bout de quatre mois de séjour , qui lui parurent un long exil, l'abbesse demanda une nouvelle permission d'aller aux eaux ; elle lui fut accordée pour deux mois , et sa pension fut fixée à quatre cent cinquante livres par mois.

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