‹ Histoire de Bossuet, eveque de MeauxChapitre 103 sur 120 · XXIII. — Genre de vie de Bossuet dans son intérieur · texte numérisé non relu

XXIII. — Genre de vie de Bossuet dans son intérieur

En considérant l'application de Bossuet au gouvernement de son diocèse, l'assiduité avec laquelle il remplissoit tous ses devoirs d'évéque , l'exactitude qu'il apportoit dans tous ces détails d'administration journalière, dont les hommes de génie n'ont pas plus le droit de s'affranchir que les hommes ordinaires, on ne sait comment il a pu lui rester encore assez de temps et de liberté , pour composer tant d'ouvrages que nous avons de lui.

a («) Mais un homme accoutumé à ne perdre î> aucun moment, a du temps pour tous ses de- » voirs^ un homme, dont tous les plaisirs et le » sommeil même est une étude, a des années plus » étendues, une plus longue vie, que le commun >i des vivans. Une mémoire fidèle à qui rien n'é- » chappe de ce qu'elle a appris, un esprit péné- » trant pour qui les obscurités deviennent des î) sources de lumières , un cœur spacieux qui em.- » brasse dans ses affections tout ce qui s'offre à » son zèle et à sa charité, trouve pour tant de

\'\ Eloge de Bossii€t, par le père de la Rue.

*2.'jC) HISTOIRE DE BOSSUET,

» soins divers des facilite's inconnues aux petites » âmes. »

Tant de travaux de tous les genres qui avoient déjà rempli la vie de Bossuet , ne sufiisoient pas à l'ardeur de son génie : dans son amour immense pour la religion, il embrassoit toutes les sciences, toutes les connoissances qu'elle avoit pour objet. A'I'àge de plus de soixante ans , il voulut apprendre l'hébreu j et l'abbé de Choisy, après avoir dit de saint Jérôme « (') qu'il apprit la langue hébraïque » avec beaucoup de peine, parce qu'il s'y étoit pris ■» un peu tard » , ajoute : « La même chose est » arrivée de nos jours à M. Bossuet , évéque de » Meaux, qui à l'âge de soixante ans, consommé » dans toutes les sciences divines et humaines , romî) mença à apprendre l'hébreu , et s'exerça avec n constance à des prononciations rudes et à des as- » pirations fort difïlciles, pour se rendre plus utile à » l'Eglise , en lisant les fondemens de notre foi dans » la langue originale. »

Malgré tant de génie et d'ardeur, il eût été physiquement impossible que Bossuet eut pu suffire à tant de travaux, si la nature ne s'étoit plue à le favoriser de tous ses dons. Elle avoit uni en lui la figure la plus noble et la plus imposante à une excellente constitution. Il jouit constamment toute sa vie de la meilleure santé. Ce ne fut que l'année qui précéda sa mort, que se déclara la cruelle maladie qui le condamna à de si longues et de si cruelles souffrances; jusqu'à cette époque, aucune maladie grave n'avoit altéré son tempérament. Il eut seulement quelques accès de fièvre pendant les années 1O77, 1G78 et 1679; il s'en délivra par

^0 Histoire <i^ l'Iiglise, toœ. ni; p. 918.

l'usage du quinquina, qu'un médecin anglais ve» iioit récemment d'introduire en France. L'heureuse expérience qu'il en fit , lui inspira une grande confiance eu ce remède. Il lui attribuoit même un renouvellement de forces, qui le décida à en faire usage toutes les fois qu'il éprouvoit la plus légère indisposition.

Il étoit naturellement sobre dans ses repas, et peu recherché sur la variété des mets que l'on servoit à sa table. Il eut en 1699 un érésipèle, qui l'obligea , pour la première fois de sa vie , à faire gras pendant le carême. Mais les remèdes et le régime qu'on lui prescrivit pendant quelques mois, firent entièrement disparoître cette âcreté du sangj et dès le mois de septembre suivant, il fut libre de reprendre son genre de vie accoutumé.

De cet heureux tempérament résultoit cette facilité prodigieuse que Bossuet eut toujours pour le travail , et l'application continuelle qu'il put y apporter jusqu'à la fin de sa longue carrièrej ilavoiten. quelque sorte trouvé le secret de doubler son existence, et de suspendre la rapidité du temps par la distribution singuhère qu'il en faisoit pendant une partie de la nuit.

Aussitôt qu'il fut évéque de Meaux , et qu'il se vit, après l'éducation de M^"" le Dauphin, dispensé de résider habituellement à la Cour («) , il prit l'habitude d'interrompre son soiÀmeil, et de se relever pendant la nuit. Pour en avoir la facilité, il faisoit toujours placer à portée de lui une lampe allumée pendant toute la nuit; il étoit fidèle à cet usage, même en voyage. Après son premier sommeil, qui étoit de quatre à cinq heures,

t«) Mts. de Ledieu.

^"jS HISTOIRE DE B05SUET ,

il s'evellloit naturellement, sans effort et sans înquie'tude. Il se relevoit également l'e'lé et l'hiver pendant les froids les plus rigoureux. Il se couvroit de deux robes de cliambre l'hiver, s'enveloppoit jusqu'à la ceinture dans un sac de peau d'ours; il re'citoit alors Matines et Laudes avec ce recueillement religieux, qui s'accorde si bien avec le calme et le silence de la nuit. S'il se trouvoit ensuite la tête libre, il se mettoit à son travail j tout e'toit dispose dès la veille autour de son bureau , son fauteuil, son sac de papiers, ses plumes, son e'critoire, ses porte-feuilles et ses livres range's sur des sie'ges à droite et à gauche de son bureau. Il poussoit ce travail aussi loin que sa tète pouvoit le soutenir, une, deux et quelquefois trois heures j mais il avoit toujours l'attention de le quitter aussitôt qu'il se sentoit fatigué j il se replaçoit ensuite sur son lit, et reprenoit son sommeil avec la même facilité que s'il ne l'eût pas interrompu, il réparoit sur la matinée le sommeil qu'il avoit perdu pendant la nuit. Il suivit constamment ce même genre dévie depuis i68'i jusqu'en 1699, époque à laquelle il eut, comme, nous venons de le dire, cet érésipèle , qui l'obligea d'apporter quelque changement à ses habitudes. Mais dès le mois de septembre de la même année, il recommença à Germigny, où il se trouvoit alors , à se relever la nuit pour réciter iMatines ; ses médecins exigèrent seulement qu'il se remît au lit sans s'appliquer à l'étude.

Sa manière de vivre dans sa famille, avec ses amis, même avec ses domestiques, étoit douce, noble et obligeante. 11 avoit accoutumé tous ses domestiques au travail; il les réunissoit tous les

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