LIVRE SEPTIÈME. 27g
jours pour Ki prière; il les bénissoit tous les soirs de sa main. Tous ses gens lui éloient sincèrement attachés, et on étoit naturellement porté à le servir par afifection. Son discernement étoit exquis ; il pénétroit les liommes jusqu'au fond de r^me, et démeloit fort bien si c'étoit la vanité, l'intérêt ou un altacliement réel qui les faisoient agir. Il ne disoit mot . il remarquoit tout, il souffroit tout, jusqu'à leurs manières mêmes qui pouvoient ne lui être pas agréables. Sa bonté naturelle le disposoit toujours à les excuser ; et il croyoit devoir cette indulgence , et cette espèce de facilité à l'affection qu'ils lui monlroient. De là la paix et l'union qui ont toujours régné dans son intérieur, avec cet extérieur décent et réglé que l'on doit toujours observer dans la maison d'un évêque. Il se souvenoit dans toutes les occasions de ce qu'on avoit fait ou dit d'agréable pour lui, et lorsqu'on n'y songeoit plus, uniquement pour montrer qu'il n'en avoit point perdu le souvenir, et qu'il en étoit reconnoissant. Aussi recherchoitil toutes les occasions d'obliger ceux de ses gens qui lui étoient attachés. « On croît , disoit-il, que w je ne pense qua mes Ihres ; voyez si ce que je » viens de faire pour tel et tel j n'est pas cons^e- » nable. »
« («j II avoit toujours de quoi fournir aux frais » de la charité, de l'honneur, de la religion. Ja- » mais rien pour le jeu, ni pour la délicatesse, en- » core moins pour la volupté, pour l'intrigue ou » pour l'ambition. Sa suite étoit la pudeur et la » modestie; les orneraens de sa maison, l'ordre et » la simplicité; la magnificence de sa maison, une ('») Eloge de Bossuçt, par le père de la Rue.
sSo HISTOIRE DE BOSSUET,
» noble frugalité. Les honnêtes gens y étoient re- » çus avec joie , les savans avec estime , les vertueux » avec respect. Les grands même s*y trouvoient » quelquefois avec plaisir. Les étrangers y ve- » noient de toutes les nations polies goûter les » charmes de sa société , les délices de sa conversa- » lion. »
Cependant il paroît que Bossuet s'occupoit peu des détails intérieurs de sa maison. Ses grandes occupations l'absorboient exclusivement, et ne lui permettoient pas d'y apporter cet esprit d'ordre et d'arrangement qu'on aime à retrouver partout, et qui contribue peut-être plus qu'on ne pense à laisser à l'esprit le calme et la liberté nécessaires pour se livrer au travail. Ce genre de mérite paroît avoir manqué à Bossuet, comme à d'autres grands hommes d'un grand caractère et d'une intégrité irréprochable, qui ont souvent négligé le soin de leurs affaires particulières par l'excès même de leur dévouement à des travaux et à des intérêts d'un ordre supérieur. Il est certain qu'il en résulta pour Bossuet quelque embarras sur la fin de sa vie. Ce n'étoit ni par mépris, ni par affectation qu'il négligeoit ces détails domestiques, mais uniquement parce qu'il se laissoit entraîner par les études et les affaires de tous les genres qui venoient s'emparer de tous ses momens. Bossuet ne se le dissimuloit pas à lui-même; et il sut gré à une personne de sa connoissanee («) , qui se faisoit une peine de lui répéter les propos du public à ce sujet. 11 exigea même d'elle de lui en rendre un compte exact. Bossuet lui répondit avec simplicité : «Dieu » veut que je sache par vous ce que tout autre
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