‹ Histoire de Bossuet, eveque de MeauxChapitre 112 sur 120 · LIVRE SEPTIEME. 'iQ · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIEME. 'iQ

et il blâma hautement Santeuil de s*étre cru obligé de recourir à ce luxe eiïémine. Santeuil en fut instruit, et il adressa à son auguste censeur son apologie dans une pièce de vers sous le titre de Poêla christianus , dont les beautés semhloient encore effacer celles de la pièce qui avoit blessé la rigidité de Bossuet.

Ce poète, 'qui réunissoit les extrêmes les plus opposés , tour à tour simple et sublime, doux et irascible, enfant et bouffon, fut en cette occasion, comme en toutes les autres, fidèle à son caractère. Il composa sa pièce de vers sous la forme d'une amende honorable; il fit graver à la tête une vignette; on y voyoit Bossuet revêtu de ses habits pontificaux, et Santeuil à genoux devant lui sur les marches de l'église cathédrale de Meaux, la corde au cou , faisant amende honorable ^el jetant au feu tous ses vers profanes.

Dans cette pièce, Santeuil cherchoit d'abord, à fléchir son juge, en rappelant (0 « qu'il étoit y> quelquefois permis de mêler des jeux innocens » à des études sérieuses; que par cette heureuse » diversité, l'esprit acquiert de nouvelles forces. »

Mais bientôt feignant d'abjurer de coupables erreurs (2) , « il fait vœu de briser une lyre pro-

v) Conveniunt aîiquando leues post séria ludi Inde animos capit, et dulci recreata labore, iMens ad opus longé redit acrior, et sua mitsis Otia sunt * . .

v') Frangani mea plectra, tuhasque,

Avulsasque manu discerpam in vertice lauros.

Fletibus et crebris ululatibus , et lanientis, Quà potero, laesi placabo JYuminis iram.

294 MISTOIRK DE BOSSUET,

» f'ane^ et de dëpouilier son front des laurierj . » dont la main des grâces et des nymphes l'avoii » couronne', pour fléchir le courroux du Dieu ja- » loux qu'il avoit offensé, »

Jamais peut-être Bossuet n'a reçu des éloges plus vrais et plus noblement exprimés^ que dans cette pièce de vers de Santeuil (0.

On y voit Bossuet « environne des rayons de » sa gloire, plein du Dieu qui lui a confié son ton- » nerre, abaissant sous ses pieds la majesté des » trônes, faisant pâlir les tyrans , et portant l'ef- » froi jusque dans l'ame du dominateur des enfers, » qui recule au premier son de sa voix, et que ne î> peut défendre la nuit profonde dans laquelle il » cherche en vain un asile. »

Ce bel éloge finit par ce beau vers , qui devroit servir d'inscription à toutes les images de Bossuet ('-*).

PeR qUEM PœlLIGW MANET INCO^CUSSA , SACERDOS.

Mais ce qui caractérise bien Santeuil , c'est qu'au moment même (3) où il fait vœu d'abjurer

C^) Se tibi majestas soUorum et regia sceptra Submittunt, pai^idi tibi ponunt arma tyranni. Fulgentern radiis, et toto numine cinctuni Infernœ te actes , te te impia TaiLara pallentj Quin etiam ipse tremens duri doininator Averni, Ad prinios vocis sonitus , caput abdit in antris, JYocte sud l'ix tutus

Page 1