‹ Histoire de Bossuet, eveque de MeauxChapitre 113 sur 120 · LIVRE SEPTliÎME. QO'j · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTliÎME. QO'j

toutes les divinite's mensongères de la fable, « de » couvrir d'un silence éternel leurs criminelles » amours, et de ne plus offrir aux regards cha- » grins du prélat ces coupables images » , il ea fait la peinture la plus poétique dans les vers les jdus gracieux et les plus clégans qui soient peutêtre jamais sortis de sa plume.

Sanleuil laissoit assez apercevoir dans son amende honorable ^ qu'il ne croyoit pas que Bossuet eût été sérieusement mécontent de deux ou trois expressions mythologiques très -simples et trèsinnocentes, qui se trouvoient naturellement ramenées dans sa belle description des jardins de Fer^ s ai lies (0.

Mais la réponse de Bossnet dut lui ôter cette espèce d'illusion.

« («) Voilà, Monsieur, ce que c'est que de s*hu- T» milier ; l'ombre d'une faute contre la religioa » vous a fait peur. Vous vous êtes abaissé , et la » religioji elle-même vous a inspiré les plus beaux » vers , les plus élégans , les plus sublimes que » vous ayez jamais faits. Voilà ce que c'est, en- » core un cwip , que de s'iiumilier.

» J'attends l'hymne de saint Bruno, et j'espère » qu'elle sera digne d'être approuvée par le Pape, » et d'être chantée dans ces déserts , dont il est » dit qiLds se sont réjouis de la gloire de Dieu.

» J'ai vu, Monsieur, un petit poème sur votre » Po/none. »

L'auteur y faisoit parler la religion indignée de voir son nom et ses louanges chantés par la

(") Lettre à Sanleuil, i5 avril 1690; OEu^res de Bossuel , tom. xxxvii, p. 463, édit. de Vers. m-8°.

(0 Crediderim simulasse iras, causamque querelœ.

igf) HISTOIRE DE BOSSUET,

même poète qui osoit encore rappeler des fictions coupables et des dieux impies.

£rgone ccelestes haustus duxisse juvahit , i. Ut sonet infandos vox mihi nota Deos?

Mr Le critique recherchant la cause de Terreur y> de Sanleuil, remarquoit que ce poète e\ntoit en- » core les noms d'apôtres et de martyrs (0 , comme » tous les autres qu'il ne trouve pas dans Virgile T) et dans Horace : et il concluoit îque] celui qui » craint d'employer les mots consacrés par la piété » chrétienne, mérite d'avoir dans la bouche les » fables et les faux dieux.

» J'ai empêché la publication du poème, ajoute » Bossuet. Il est vigoureux -, l'auteur l'auroit pu » rendre parfait en prenant la peine de le châtier. » Mais il n'y travaillera plus.

» Adieu, mon cher Santeuil, je m'en vais pré- » parer les voies à notre illustre Boileau. »

Dans une autre lettre à peu près de la même époque, Bossuet exprime encore plus fortement «on opposition aux fictions et aux expressions de la mythologie ; c'étoit au sujet d'une nouvelle pièce de vers de Santeuil , dont il se promettoit une satisfaction pure et exempte de tout mélange d'un culte profane.

« Je reverraî avec plaisir dans cet ouvrage toute » la beauté de l'ancienne poésie des Virgile , des

(0 Assurcraent ce critique, quel qu'il fût, avoit grand tort. Il suiîit de lire les hymnes de Santeuil, pour douter qu'on ait pu sérieusement lui adresser un pareil reproche. Une des hymnes en l'honneur de saint Jean l'Evangéliste , offre des lit. première strophe le mot apostolum et le mot martyrem. Les mêmes expressions se retrouvent fréquemment dans les hymnes du Commun des apôtres et des martyrs.

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