LIVRE SEPTlt^îE. 3o I
moins austères que Bossuet , frappes de l'inspiratiou sublime et de la inagnificence de pensées, d'iaîiages et d'expressions que Racine a rc'pandues dans Alhalie et Esiher^ et J. B. Rousseau dans ses odes sacrées , ue se décidassent à donner la préférence au système poétique de Bossuet , si on les condamnoit à un choix exclusif.
Parmi les amis que Bossuet s'étoit attachés à Yersailles, et qu'il attiroit souvent à Germigny, nous ne rappelons pas les noms de tant d'évéques et d'ecclésiastiques, que l'estime, le resjDCct et la confiance amenoient sans cesse auprès de lui , pour consulter cet oracle de l'Eglise de France. Nous parlerons encore moins des rapports si intimes qui unirent si long -temps Bossuet et Fénélon. Nous approchons de l'époque de notre histoire où ces deux noms se trouvent souvent placés l'un auprès de l'autre : heureux , si nous ne devions jamais les rencontrer en opposition.
Celte réunion d'hommes remarquables par des talens de tous les genres et d'un ordre si supérieur, formoit autour de Bossuet le cortège le plus honorable peut-être dont un homme ait jamais été environné. « Tous , dit Fontenelle («) , meltoiént » M. de M eaux à leur télé. Ils formoient une cs- » pèce de société particulière d'autant plus unie , V qu'elle étoit plus séparée de celle des illustres » de Paris , qui ne prétendoient pas reconnoître un » tribunal supérieur, ni se soumettre aveuglément » à des jugemens, quoique revêtus de ce nom si » imposant de jugemens de la Cour. Du moins » avoient ils une autorité souveraine à Versailles^ » et Paris même ne se croyoit pas toujours asse?, » fort pour en appeler, a
Soa HISTOIRE DE BOSStJET ,
Lorsque Bossuet cessa de résider aussi hal3Îlueîlement à la Cour, ces mêmes hommes s'arrachoient souvent aux devoirs et aux liens qui les y retenoient , pour aller le retrouver à Gfrmigny. La seule espérance de lui surprendre quelques momens au sortir de son cabinet, et de pouvoir l'accompagner dans ses promenades sur la terrasse de Germigny, aux bords de la Marne, suffisoit pour leur faire pre'férer ce tranquille se'jour aux brillantes illusions de Paris et de Versailles.
XX\I. — De la conversation de Bossuet.
Le contraste que l'on a souvent observé entre le caractère, le génie, et les maximes de Bossuet et deFénélon, se retrouve jusque dans le genre d'agrémens que ces deux hommes célèbres apporioient dans la société et dans le commerce de l'amitié.
Tous les contemporains de Fénélon s'accordent à le représenter comme un modèle de goût, d'élégance et de politesse; « (^) ne voulant jamais î) avoir plus d'esprit que ceux à qui il parloit^ se » plaçant à la portée de chacun, sans jamais le » faire sentir ; enchantant tout le monde par la » facilité qu'il apportoit dans la société; ne dis- » putant jamais ; paroissant même céder aux au- )) 1res, dans le temps qu'il les entraînoit; toujouis 5) original, toujours créateur; n'imitant personne, î) et paroissant lui-même inimitable, avec je ne ' >) sais quoi de sublime dans le simple, qui ajoutoit » à son caractère un certain air de prophète. »
Tant d'agrémens, joints à un extrême désir de plaire, dévoient certainement faire rechercher le commerce de Fénélon à toutes les personnes sensibles au charme de l'esprit et du goût , dans un
(") S, Simoii d^Aguesseau.